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Carnet fourre-tout d'une autrice théâtreuse

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Quartette internet

MAEVA, 16 ans, maquillée, parle de manière lente et très concentrée. OCÉANE, 18 ans, maquillée, d’apparence plus sûre d’elle et au débit plus rapide. LUCIE, 20 ans, moins apprêtée que les deux autres, look moins « girly » mais plutôt tatouages, piercings ou vêtements personnalisés. MÉLISSA, 25 ans, maquillée, très volubile et énergique. VOIX OFF. Entre MAEVA. Elle s’assied face au public, se recoiffe, s’éclaircit la voix puis agite la main. Coucou les filles ! Alors la semaine dernière, comme vous le savez, je vous ai montré comment réaliser de superbes anglaises simplement avec des feuilles d’aluminium roulées en papillotes. Plusieurs personnes m’ont fait remarquer dans les commentaires que le résultat était magnifique et l’astuce très économique mais que l’aluminium n’est pas très écologique. Alors j’ai pris conscience quec’était vrai, d’autant qu’on ne peut pas vraiment réutiliser les feuilles pour emballer des aliments après les avoir enroulées dans ses cheveux. Ce n’est pas très hygiénique. Alors aujourd’hui, après avoir bien réfléchi, je voulais d’abord vous faire un grand mea culpa, parce que l’écologie est vraiment importante pour moi. Et surtout, je voulais vous remercier pour vos commentaires qui m’ont vraiment permis de réfléchir et d’avancer sur cette question. J’ai vraiment de la chance de vous avoir. J’espère que grâce à mes vidéos, je vous apporte autant que vous m’apportez à moi. Alors pour vous remercier j’ai décidé de faire une nouvelle vidéo de papillote, mais cette fois- ci avec du papier toilette.Alors bon c’est pas glamour, je vous entends déjà rire derrière vos écrans, mais je vous assure que le résultat en vaut la peine. Croyez-moi ! Alors en fonction de l’effet recherché, vous pouvez opérer sur cheveux secs, ça vous donnera un beau volume. Ou alors sur cheveux humides... (Elle humidifie ses cheveux à l’aide d’un vaporisateur.) pour faire de belles anglaises. Alors je déconseille fortement d’opérer sur cheveux mouillés, parce que le papier toilette risque de se désagréger et de laisser plein de petites miettes. Et pour le coup, ce ne serait vraiment pas glamour. Alors on tire quelques feuilles de papier, oui, de papier toilette, je sais, faites-moi confiance, vous n’êtes pas obligées de faire ça devant votre mec ! Donc( Entre OCÉANE, qui s’assied également face au public.) MAEVA : on tire quelques feuilles de papier, vous pouvez choisir du papier recyclé pour que ce soit encore plus écologique. Ensuite vous les roulez comme ceci, pour que la papillote soit bien solide, puis vous enroulez une mèche de cheveux autour. Alors la mèche peut être plus ou moins épaisse en fonction du résultat recherché. (Elle enroule chaque mèche de ses cheveux en silence.) OCÉANE : Salut les filles ! Et les garçons, parce que je sais qu’il y en a quelques uns qui me suivent, même s’ils ont du mal à l’admettre ! Alors tout d’abord je m’excuse, je suis vraiment désolée, pardon pardon pardon, j’espère que vous me pardonnez, ça fait plus d’une semaine que je n’ai pas posté de vidéo alors que j’avais promis de garder le rythme cette année, mais j’ai eu plein de partiels ces jours-ci, la fac me prend beaucoup plus de temps que ce que je pensais et je n’ai plus autant de temps à consacrer à mon blog, à vous consacrer ! Malgré ça vous continuez à me suivre, vous êtes toujours aussi fidèles, et même de plus en plus, et ça, ça me fait vraimentchaud au cœur, alors j’avais vraiment envie de faire un petit truc pour vous remercier ! Donc aujourd’hui ce sera une vidéo un peu spéciale, pas de tuto make-up, j’ai une surprise pour vous. Il y a deux semaines vous avez été nombreuses, et nombreux ! Oui oui les garçons, je sais que vous êtes là ! Vous avez été nombreux à me complimenter sur ce collier, et à me demander où je l’avais acheté. C’est pour ça que je l’ai remis aujourd’hui. Alors la vérité c’est que ce collier, je ne l’ai pas acheté, je l’ai fabriqué ! Eh oui, je vous avais caché mon petit péché mignon qui est le Do It Yourself ! (Elle se fige. Entre Lucie.) Salut ! Bienvenue sur Laissons Lucie Faire, merci d’être toujours plus nombreux à me suivre. Comme vous le savez, c’est bientôt la fin de l’été, eh oui, déjà, mais qui dit automne dit... Halloween ! Comme vous vous en doutez, c’est bien sûr ma fête préférée, alors je vous ai préparé une tonne de tutos. J’y ai passé du temps, et il y ena pour tous les goûts, alors j’espère que vous allez vraiment kiffer, autant que moi j’ai kiffé le faire. Première proposition, vampire sexy ! (Lucie se fige. Entre MÉLISSA.) Coucou mes cochons d’Inde ! Ça me fait un bien fou de vous retrouver enfin, la semaine dernière a été une semaine de folie, c’était incroyablement intense, je n’ai pas eu une minute à moi, attention, je ne me plains pas, je n’ai pas le droit de me plaindre, et ce que je vis en ce moment c’est aussi un peu grâce à vous, c’est vraiment une expérience incroyable, c’est grâce à vous si Le Petit Monde de Mélissa est devenu ce qu’il est maintenant, donc il fallait que je vienne tout vous raconter, je viens juste de rentrer, je n’ai même pas encore ouvert ma valise ni chargé mes photos sur(MAEVA a terminé ses papillotes.) Voilà, c’est terminé, donc il n’y a plus qu’à aller se coucher. Alors encore une fois, c’est vraiment pas glamour, donc c’est vraiment à réserver pour les soirs où vous dormez / MÉLISSA : mon ordi, je suis tout de suite venue vous voir, alors excusez-moi, comme vous pouvez le voir je ne suis même pas maquillée, je viens vraiment juste de rentrer ! Cette vidéo est donc vraiment juste pour vous remercier, je ferai une vraie vidéo plus tard, mais là j’ai juste pas l’énergie, comme quoi, moi aussi il m’arrive / (Elle se fige.)OCÉANE : Bleu Océane » et ensuite vous me décrivez votre bijou préféré et vous me racontez pourquoi, si on vous l’a offert, si c’est un souvenir de votre grand- mère... Vous avez jusqu’au 30, donc prenez bien votre temps pour y réfléchir ! Je choisirai moi-même mes trois commentaires préférés, et les heureuses gagnantes, ou les gagnants, hein, auront droit à un collier personnalisé ! Oui oui, personnalisé ! Alors pensez bien à me dire aussi dans le commentaire vos deux ou trois couleurs préférées ! (OCÉANE retire son collier, enfile un grand pull et s’affale par terre pour jouer sur son portable.) LUCIE : c’est facile, du noir, du noir et encore du noir, avec un peu de rouge, eh oui, le rouge c’est la couleur du sang, et aussi un peu de blanc, par exemple pour la chemise. Vous pouvez la jouer soit vampire rock, avec un blouson en similicuir, un collier à pointes, des bracelets à pointes, un jean noir déchiré ou un pantalon en similicuir pour un total look, soit vampire classe, avec veste en velours, chemise à jabot, ou alors un corset en dentelle rouge et noir pour les meufs, c’est vous qui voyez. Et maintenant, le tuto make-up ! Pour le teint, vous vous en doutez, on veut du pâle, du très pâle, alors arrêtez de râler que votre bronzage de l’été est déjà parti, ça tombe bien ! Donc pour la base j’utilise du blanc de Chanel... MÉLISSA : ... d’avoir des baisses d’énergie ! Mais ne vous inquiétez pas, je vais juste faire une bonne sieste et après je reviens vous voir et je vais juste tout vous raconter en détails ! À très bientôt mes amours ! / Moi aussi il m’arrive d’avoir des baisses d’énergie ! Mais ne vous inquiétez pas, je vais juste faire une bonne sieste et après / excusez--‐moi, comme vous pouvez le voir je ne suis même pas maquillée, je viens vraiment juste de rentrer ! Cette vidéo est donc vraiment juste pour vous remercier, je ferai une vraie vidéo plus tard, mais là j’ai juste pas l’énergie ! / À très bientôt mes amours ! / À très bientôt mes amours ! / Coucou les loulous ! J’espère que vous allez bien ! Moi je déborde juste d’énergie cette semaine ! D’ailleurs vousMAEVA : seule. Après, vous pouvez aussi les garder seulement quelques heures, et la coiffure tiendra le temps d’une soirée, ou plus, en fonction de votre nature de cheveux. Donc je vous quitte pour aller faire ma routine du soir, et je vous retrouve demain matin pour qu’on découvre le résultat ensemble. À tout à l’heure ! (Elle agite la main et se fige.) OCÉANE : En fait ça ne fait pas très longtemps que je m’y suis mise, et je dois vous avouer que je ne me sentais pas trop douée pour ça, mais vos réactions face à mon collier m’ont fait un si gros plaisir que je pense ajouter une catégorie di aïe ouaïe à mon blog. Qu’est-ce que vous en pensez ? Dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires ! Et en attendant, attention, voilà la surprise, roulement de tambour... Je vous propose de gagner des colliers réalisés par moi-même, de mes petits doigts. Pour participer, c’est très simple, laissez-moi un commentaire avec en titre « Je veux un collier / LUCIE : Pour ceux et celles qui n’ont pas envie de se prendre la tête avec leur déguisement, qui veulent pouvoir danser et donc être libres de leurs mouvements, et qui veulent se donner un petit air mystérieux, parce que, soyons honnêtes, Halloween, c’est aussi l’occasion de pécho. Donc pour le costume en lui-même,MAEVA retire délicatement ses papillotes une à une. LUCIE se maquille en commentant chacun de ses gestes, mais sans le son. À chaque fois qu’elle utilise un nouvel accessoire de maquillage, elle le brandit d’abord devant elle en le présentant devant sa paume. allez pouvoir en juger par vous-même au travers de toutes les vidéos que je vous ai faites ! Oui ! Je vous ai fait plusieurs vidéos cette semaine ! Je vous ai vraiment gâtées mais c’est normal, après / Salut mes chatons cœurs ! Je voulais juste vous faire un petit coucou de l’endroit paradisiaque où je suis, et ça c’est grâce à vous, j’ai juste trop de chance de vous avoir ! OCÉANE se relève brusquement, enlève son pull, remet son collier. Voilà, à tout tout bientôt, j’ai hâte de lire toutes vos belles histoires et vos beaux souvenirs, je suis sûre que ça va être très émouvant ! Je vous fais plein de bisous, et à trèsbientôt sur Des Yeux Bleu Océane ! Promis, j’essaie de revenir avant l’année prochaine ! Non je plaisante, de toute façon je reviendrai au moins le 30 pour les résultats du concours ! À bientôt !( Elle agite la main et se fige.) LUCIE : On estompe on estompe on estompe ! (Elle recommence à parler sans le son tout en se maquillant.) MAEVA : Et voilà, de belles anglaises comme promis, enfin, ce ne sont pas tout à fait des anglaises parce que ma nature de cheveux très raides fait que c’est difficile pour moi d’avoir de vraies boucles, mais comme vous voyez ça fait déjà un beau volume. Si vous voulez du plus bouclé, vous pouvez retravailler vos boucles aux doigts en les... LUCIE : Salut les filles ! MÉLISSA : Salut mes boutchous ! J’espère que vous allez bien ! / Coucou mes amours ! Comment / Coucou les chouchous ! Ça / Coucou mes / Salut mes / Salut les filles ! Coucou mes marrons chauds ! Bah oui, les marrons chauds, c’est bon et réconfortant, (Voix off, legato, crescendo) Trop trop belles ! Tu as bien fait de craquer, franchement ! — J’aimerais tellement pouvoir me les offrir aussi ! — C’est magnifique ! — Ça te va tellement bien ! — Je préférais ton maquillage d’Halloween de l’an dernier mais c’est quand même — Trop beau !(MAEVA vaporise de l’eau sur ses cheveux et se fige.) Salut les filles ! Salut les filles ! Coucou les filles ! Coucou les filles ! (MAEVA se brosse les cheveux pour essayer de les lisser.) Coucou les filles ! (OCÉANE prend des poses, genoux en dedans, main sur la hanche, main de poupée, regard en coin. LUCIE a terminé son maquillage de vampire sexy. Elle tourne son visage de droite et de gauche pour le bien montrer.) MÉLISSA : comme vous ! Surtout en cette saison ! Vous voyez où je veux en venir ? Eh oui, on ne peut rien vous cacher ! J’ai bien reçu la palette d’ombres à paupières Marron glacé de chez / (Elle se fige.) VOIX OFF : Viens sur mon blog http://labulledelililou. / Trop beau ! Je vais essayer de faire pareil ! — Je ne suis pas convaincue par ces chaussures, je pense que tu es tombée dans le piège du talon en parenthèse inversée qui alourdit la silhouette — Avec cette longueur d’ourlet, il vaut mieux des — C’est sûr que faut oser mais bon avec ta silhouette tu peux tout te permettre — La photo est retouchée, non ? — Je pense qu’avec tes mollets de footballeur il vaudrait mieux éviter les chaussettes montantes — Tes cheveux sont trop beaux, tu utilises quel shampooing ? — Je voulais les acheter aussi, est-‐‐ce que tu peux me dire si ça taille petit ? D’habitude je chausse du 38-39 mais je n’ai encore jamais commandé chezeux, j’attends ton retour, merci d’avance — oh non, pas toi ! J’ai déjà vu ces chaussures sur le blog de Vicky et aussi sur celui de — encore une mode que je ne comprends pas — ma grande, quand on a une silhouette comme la tienne il vaut mieux éviter les ponchos, même si c’est la mode — je comprends que ton mec t’ait larguée — tu n’en as pas marre de jouer les petites filles ? Tu ne crois pas que tu as passé l’âge ? — quand on a une silhouette en sablier — quand on a une silhouette en pyramide — quand on a un menton comme le tien — quand on a un nez comme le tien — tiens, tu as grossi, non ? Un heureux événement qui s’annonce ? — Super, encore un article passionnant et indispensable.LUCIE : Et voilà pour la belle vampire sexy ! Croyez- moi, tous les mecs auront les crocs ! Maintenant, deuxième proposition, la sirène ! Un peu plus difficile à réaliser, mais vous allez voir qu’avec mes conseils... (Elle se fige, la main levée exhibant un pinceau plaqué contre la paume de son autre main.) MÉLISSA : Mes amours jolis, il faut que je vous confie quelque chose, un grand projet que je mijote depuis longtemps, parce que oui, j’ai une vie en dehors du blog, je n’en ai encore parlé à presque personne... (Elle se fige dans un grand éclat de rire muet et artificiel.) Voix off : Trouve-toi un vrai métier. — Le phénomène des « blogueuses » remplacera-t-il les journaux féminins ? On espère que non, on vous dit pourquoi. — Mais t’es malade, c’est hyper allergisant la cannelle ! — Encore une bourde monumentale de la jeune « blogueuse beauté » qui — Pourquoi ne faut-‐‐il surtout pas suivre les conseils beauté de — Le scandale des billets sponsorisés des « blogueuses » — On a lu pour vous le livre de la jeune « blogueuse » — La « youtubeuse » star pète un câble — La jeune « blogueuse » accuse les réseaux sociaux d’être responsable de ses problèmes — la « blogueuse » fait sa crise — La « blogueuse » supprime son compte Instagram — La « blogueuse » désactive(MAEVA a fini de se lisser les cheveux.) OCÉANE : Aujourd’hui j’ai fait une folie ! Vous avez vu mes nouveaux bébés ? Vraiment une folie, mais j’ai pas pu résister ! Dites-moi que j’ai bien fait ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Dites-moi dans les commentaires ce que vous en pensez ! (Elle se fige dans une pose : genoux en dedans, ventre rentré, main sur la hanche, main de poupée.) Voix off : les commentaire — La jeune « youtubeuse » star qui avait supprimé sa chaîne a maintenant encore plus de fans, bien joué ! — Encore un gros coup de pub ! MAEVA :Coucou les filles ! J’espère que vous allez toutes très bien. Moi je ne vais pas très bien en ce moment. Aujourd’hui ça va. C’est pour ça que j’en profite pour faire cette vidéo. Je suis désolée pour celles qui attendent depuis longtemps un nouveaututo coiffure ou make-up, en ce moment je n’ai pas trop l’énergie de faire ça. Donc je suis vraiment désolée. Mais j’avais vraiment envie de faire une vidéo sur quelque chose que je vis au quotidien. Si vous êtes là uniquement pour les conseils de beauté ou de mode, je suis désolée. Mais j’avais vraiment besoin de vous parler de ça. Ça fait maintenant presque un an que je suis entrée au lycée. Je ne vais pas rentrer trop dans les détails parce que c’est un peu trop douloureux encore. Mais j’avais vraiment envie de vous parler de harcèlement scolaire. Ça fait quelques mois que ça dure. Au début je pensais que ça allait passer. J’ai essayé de m’intégrer. J’ai essayé de faire des efforts. J’ai essayé de me faire des amis. J’ai même cru que / Voix off, legato, crescendo jusqu’à recouvrir totalement la voix de MAEVA : Bravo Maeva — merci pour ton témoignage, ça me touche de voir que je ne suis pas la seule — merci pour cette vidéo qui fait réfléchir — bravo pour ton honnêteté — merci pour ta confiance — j’aimerais pouvoir t’aider —c’est horrible — merci, merci, c’est exactement ce que j’avais besoin d’entendre — ça fait deux ans que ça dure, je ne sais pas quoi faire — merci — je n’ose pas en parler à mes parents moi non plus — je ne sais pas à qui en parler alors je voudrais te demander des conseils — bon courage Maeva, on est toutes avec toi — ne t’en fais pas, on est là — moi voudrais aussi j’ai connu ça mais jej’avais des amis. Je vous en parle maintenant parce que ça devient trop lourd à porter. Je n’arrive pas à en parler avec mes parents. J’ai honte. C’est trop dur. Je ne veux pas leur faire de peine. Je ne veux pas les inquiéter. Alors je vous en parle à vous. Parce que je vous fais confiance. OCÉANE : Aujourd’hui je voudrais vous conseiller le blog de Maeva...( Maeva continue à parler mais ses paroles ne nous parviennent pas, étouffées par les voix off.) LUCIE : Aujourd'hui je voudrais vous conseiller le blog de Maeva, qui a courageusement décidé d’aborder un sujet difficile. Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais moi aussi... OCÉANE : Aujourd’hui je voudrais vous conseiller le blog de Maeva... MÉLISSA : Je sais que ça va vous étonner, parce que c’est un sujet dur et douloureux mais... MAEVA : Ça n’a pas commencé tout de suite dès la rentrée, au début j’ai même sympathisé avec quelques filles de ma classe... Et puis, je ne sais pas ce qui s’est passé... Elles n’ont plus voulu s’assoir à côté de moi en classe. Il y a des rumeurs qui ont / OCÉANE : Je sais que je ne donne pas cette impression, mais moi aussi, parfois... MÉLISSA : Merci, Maeva. Voix off : m’en suis sortie — tu verras — c’est juste un mauvais moment à passer — ma pauvre chérie — merci Maeva — mais c’est horrible je n’aurais jamais pensé que toi Maeva tu pouvais être victime de — ma pauvre chérie c’est horrible — bravo pour ton courage — il faudrait leur péter la gueule — c’est quelle marque le tee-shirt que tu portes sur la vidéo ? Il est trop joli. Bon courage ! — merci pour cette vidéo, bonne continuation — arrête de te laisser aller — il ne faut pas leur montrer que ça t’atteint — encore un bon gros coup de pub —bravo pour ton témoignage mais tu n’as pas peur que tes harceleurs tombent dessus ? — j’aime beaucoup ton blog continue bravo, comme quoi même lesMAEVA : commencé à circuler sur mon compte... Je ne sais pas de qui c’est parti. Il y a eu des graffitis dans les toilettes... On m’a volé ma trousse, mes cahiers... C’est mon troisième agenda... Dès que je parle en classe... Quand je marche dans les couloirs... OCÉANE : Bravo, Maeva. MAEVA : Je n’ose plus manger à la cantine, je passe la récréation enfermée dans les toilettes... LUCIE : Et j’ai parfois l’impression que ça dure encore aujourd’hui. Voix off : blogueuses qui n’ont pas du tout été gâtées par la nature peuvent avoir bon goût — moi je trouve que tu es de plus en plus jolie, ça ne se remarque pas que tu as pris quelques kilos — très joli ton smoky, tu nous feras un tuto ? — tu as une silhouette de petite fille malade — bravo pour ton courage, moi à ta place j’aurais trop peur qu’ils tombent dessus — arrêtez, ils ne connaissent pas son blog, ils ne savent pas que c’est une blogueuse connue, sinon ils n’oseraient pas la harceler. MAEVA : Merci, ça m’a fait du bien de vous parler.

Sybille et les allistes

[Extrait de ma pièce Les antennes et les branches.]

Les allistes : Folle Tarée Cheloue Cinglée Givrée Débile Extraterrestre Idiote Anormale Dingue Détraquée Malade Hystérique Fêlée Démente Tapée Stupide Piquée Toquée Timbrée Imbécile Frappée Dérangée Sybille : Je suis autiste. Les allistes : Mais non, voyons. Tu n'es pas autiste. Nous sommes tous des êtres humains. Pourquoi se mettre dans des cases.

Autiste

[Extrait de ma pièce Les antennes et les branches.]

PACÔME.

Auto automate automatique tic pathétique pas terrible paternaliste liste lister pister dépité dérouté débouté déboulé déroulé défoulé fou foule affole affolé affalé fêlé feuler feu follet lait de vache de ferme ta gueule gueule de loup gueule de fou fou furieux fou heureux heurt horreur horrible horrifié mortifié mortifère faut t’y faire fautif motif modif maudit médit méditer édicter dicté dicte docte dope opte optionnel exceptionnel excepté excédé exclu reclus perclus perdu perdre merde merdique médicament médicalement calmant cale bancal banqueroute déroute dégoûte goûte ne dis pas que tu n’aimes pas si tu n’as jamais goûté goutte de sang sanguinolent sanguin grain craint craintif crin tif taffe paf gaffe gale gare regard retard bâtard attardé accordé accord hors ordure ortie sorti sortilège privilège privé pris appris apprivoisé approuvé approché attouché entiché anti entier antihéros hante antennes antienne antinomie autonomie automobile mobilisé motorisé autorisé automatisé traumatisé attisé baptisé balisé enlisé lissé listé testé attesté attristé attiré titré sans titre en lice en liste hors liste hors piste autiste

autiste

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autiste

autiste

autiste

Autiste.

 

Je parle

[Extrait de ma pièce Les antennes et les branches]

PACÔME.

Je parle. Je vous parle. Je vous regarde dans les yeux quand je vous parle. Je souris en vous regardant dans les yeux quand je vous parle. Je vous regarde dans les yeux en souriant de la bouche et des yeux quand je vous parle. Je parle bien. Je m’exprime distinctement. Je ne bafouille pas. Je n’ai pas honte de moi. Je ne tripote pas mon stylo. Je ne tords pas mes doigts. Ma voix ne tremble pas. Je ne tremble pas. Je hausse légèrement les sourcils si je dois reconnaître quelqu’un. Je les hausse un peu plus si je dois exprimer la surprise. Je fronce légèrement les sourcils pour évoquer l’assurance. Un peu plus pour manifester la colère. Vous m’entendez. Vous me comprenez. Il n’y a pas de malentendu. Vous pouvez me faire confiance. Je sais de quoi je parle.

Qui suis-je pour parler au nom des autistes moi qui n’ai pas de problèmes ? Qui suis-je pour parler au nom de mes semblables en difficulté ? Comment puis-je les appeler mes semblables moi qui n’ai pas de difficultés ? Comment est-ce que j’ose les appeler mes semblables ?

Je m’approprie la lutte, moi qui ne suis pas handicapé. Je m’accapare la lutte alors que je ne suis pas handicapé. Je ne suis pas handicapé puisque je vous parle. Je ne suis pas handicapé puisque je vous regarde dans les yeux quand je vous parle. Je ne suis pas handicapé puisque j’ai un potentiel. Je ne suis pas handicapé puisque je suis de haut niveau. Je n’ai pas droit à la parole puisque je peux la prendre. Je suis une imposture.

La porte refermée vous ne me voyez pas m’effondrer. Vous ne me voyez pas tomber dans le silence. Vous ne me voyez pas tomber à genoux. Vous ne voyez pas mes genoux trembler. Vous ne me voyez pas suffoquer. Vous ne voyez pas ma tête tomber sur le sol. Vous ne me voyez pas frapper ma tête contre le sol dans les larmes et la bave et le bourdonnement. Vous ne me voyez pas oublier comment on respire. Vous ne me voyez pas me déchirer la peau. Vous ne me voyez pas derrière la porte refermée. Vous ne me voyez pas ne plus savoir ouvrir une porte. Vous ne voyez pas mon imposture. Vous trouvez que j’ai bien parlé.

Je ne peux pas être autiste puisque je dis.

Je ne peux pas être autiste puisque je dis que je suis autiste.

Si vous ne m’écoutez pas je vous le peindrai, je vous le danserai, je vous le tisserai, je vous l’écrirai : je suis autiste.

ZOHRA.

Les baleines bleues chantent sur des fréquences allant de 12 à 25 hertz, le plus généralement autour de 16 hertz. Il existe une baleine dont la fréquence de chant est de 52 hertz. Son chant n’est probablement pas perçu par ses congénères. Sa trajectoire n’est jamais la leur. Elle chante sans réponse. On l’appelle la baleine la plus seule au monde. Les scientifiques à sa recherche s’attendent à la découvrir au milieu d’autres baleines.

LOÏS.

Danse.

Je parle

J’ai plein de choses à dire

J’ai plein de choses que je dis

Je communique

Je parle aux chats

Je parle aux pierres

On communique

Je sais parler

Je sais très bien parler

Si vous n’entendez pas ma langue

C’est peut-être que vous ne savez pas écouter

-Vous l’avez laissée seule.
-Tu l’as laissée seule.
-Comment avez-vous pu la laisser seule ?
-C’est ta sœur. Où étais-tu ?
-Je lui avais dit de ne pas y aller.
-C’est ta sœur, elle n’a pas à t’obéir. Où étais-tu ?
-Ce n’était pas un ordre.
-Où étais-tu ?
-C’était une supplique. Je devais travailler. Un espoir. Une prière.
-Garde tes prières. Il y a encore espoir. Tu étais au travail ?
-Je ne pouvais pas la protéger. Je dois gagner ma vie.
-Quelle vie ?
-Je dois gagner notre vie.
-Tu crois que moi je n’ai pas de famille ?
-Mais tu n’étais pas au travail.
-Je devais gagner notre vie.
-Et la vie de ma sœur ?
-Elle a choisi de la risquer.
-Elle est mineure.
-Le peuple est un éternel mineur.
-Tu inscriras ça sur sa tombe.
-Elle n’est pas morte.
-Si elle a la chance d’avoir une tombe.
-Votre mère pourrait t’entendre. Oui, elle aurait de la chance d’avoir une tombe.
-Et quoi ? Tu crois que ma mère ne sait pas ?
-Gardons espoir.
-Elle ne sait pas que sa fille va mourir à cause de toi ?
-Ne blâme pas la victime.
-Je ne blâme pas ma sœur, je te blâme toi.
-Tu t’émeus maintenant que c’est ta sœur, mais voilà des années que mes frères meurent.
-Tu n’as pas de frères. Où étais-tu ?
-N’ergote pas. Où étais-tu il y a treize ans de ça ?
-Où étais-tu quand pas aux côtés de ma sœur ? Il y a treize ans j’en avais huit.
-J’étais toujours à ses côtés, c’est moi qui l’ai amenée. J’avais huit ans aussi. C’est là que j’ai compris que je ne serais jamais du bon côté.
-Tu l’as entraînée de l’autre côté.
-C’est moi qui l’ai portée jusqu’ici. Je ne l’ai pas entraînée, je lui ai parlé, je n’ai fait que lui parler, et elle m’a entendue. Est-ce qu’elle n’a pas le droit de se révolter ? Est-ce qu’elle n’a pas le droit de rêver à une autre vie pendant que tu choisis d’y renoncer ?
-Je n’ai rien choisi. Il faut bien gagner sa vie.
-C’est cette vie que tu veux gagner ? Nous avons choisi d’en conquérir une autre. Nous ne demandons pas l’aumône. Nous choisirons notre propre vie. Nous l’arracherons.
-Sa vie, on la lui a arrachée.
-Oiseau de malheur. Ne proclame pas la défaite tant que ta sœur se bat encore. Si tu avais été là, tu saurais de quoi elle est capable.
-Arrête de crier.
-Je ne crie pas.
-Ma mère va t’entendre.
-Je ne crie pas. Qu’elle m’entende.
-Parle plus bas, je t’en prie par respect pour ma mère.
-Tu ne m’écoutes pas. Qu’elle m’entende, qu’elle entende le respect que j’ai pour sa fille, et sache de quoi est capable sa fille, et de quoi sont capables ceux d’en face, et sache que ce n’était pas un accident.
-Qu’elle meure, et tu mourras aussi, des mains de notre mère. Je peux te le prédire.
-Louise ne mourra pas.
-Tu le lui diras. Je croyais qu’ils avaient levé leur crosse vers le ciel ?
-Certains.
-C’était un accident ?
-D’autres obéissent encore aux ordres.
-Quels ordres ?
-D’autres encore prennent des initiatives.
-Quels ordres ? On ne tue pas son propre peuple.
-Si c’est là ce que tu crois, pourquoi avoir eu peur de nous rejoindre ?
-Je te le dis, il fallait bien que je travaille. Et ce n’est pas pour moi que j’avais peur. J’avais raison. Elle est si petite. Sa tête est à hauteur d’épaule.
-Ils ne visaient pas son épaule. Elle savait ce qu’elle faisait.
-Sa tête est à hauteur de poitrail.
-Ils ne visaient pas nos poitrails. Ce n’était pas un accident. Ils savaient ce qu’ils faisaient.
-Non, ce n’était pas un accident. Ce n’était pas par accident qu’elle se trouvait là. Ce n’est pas pas accident qu’ils font leur métier. Ils ont des ordres, tu l’as dit.
-Quel métier ? On ne tue pas son propre peuple ? On ne tire pas sur ses enfants. Ce n’était pas un accident.
-Lorsque quelque chose est lancé en l’air, ça finit bien par retomber en passant à hauteur de visage.
-Ce n’était pas lancé en l’air.
-Il faut bien disperser la foule.
-Nous ne sommes pas une foule, nous sommes le peuple. Il n’y avait pas de foule. Tous les hommes avaient déjà été embarqués. C’est la seule pudeur qui nous a permis d’échapper à la fouille.
-Tu me dis que par pudeur on n’a pas osé fouiller ma sœur mais qu’on a osé la tuer ?
-Je te dis ce que j’ai vécu. Ce n’était pas un accident.
-On ne tue pas une enfant. Où sommes-nous ? Où te crois-tu ?
-Et toi dans quel monde ? Qu’est-ce que tu lis ? Qu’est-ce que tu crois ?
-Je crois ce que je vois.
-Tu n’étais pas là.
-Tu y étais, toi. Tu manques de recul.
-Tu ne me crois pas.
-Je crois ce que je vois : que tu as entraîné ma sœur dans un combat qui n’est pas de sa taille.
-Mais ta sœur est immense, elle est multitude, elle a tout le courage de son innocence, elle a toute l’énergie de notre désespoir, elle a la rage de mordre la main qui fait semblant de la nourrir pour mieux l’asservir, elle est la colère et la famine du peuple.
-Ta gueule. Ferme. Ta. Gueule.
-Elle a toute la force du peuple avec elle. Tu ne me feras pas taire.
-La force du peuple qui l’a laissée seule.
-Je ne l’ai jamais quittée.
-Tu es bien la seule.
-Les autres ne l’ont pas abandonnée. Ils ont été raflés. Ils ne nous ont pas abandonnées. Nous ne les avons pas abandonnés. Nous les avons suivis jusqu’au bout. Ta sœur les a suivis jusqu’au bout. Et je ne l’ai pas quittée. Je n’ai lâché son bras que pour la charger sur mon dos. C’est moi qui l’ai amenée ici.
-C’est toi qui l’avais entraînée là-bas.
-Écoute-toi parler. Tu devrais être fier de ta sœur. Comme nous le sommes qu’elle soit des nôtres.
-J’ai toujours été fier de ma sœur. Ne te mêle pas de ma famille. J’ai toujours été fier de ma petite sœur mais je devais la protéger.
-Il t’aurait fallu nous rejoindre.
-Pour la protéger comme tu l’as fait alors que tu étais à ses côtés ? Il m’aurait fallu l’empêcher de vous rejoindre.
-Pour lutter à ses côtés. Comme nous l’avons fait.
-Lutter contre quoi ?
-N’espère pas me piéger. Tu crois que nous ne savons pas pourquoi nous luttons. Tu crois que nous ne savons pas contre qui nous luttons. À la vérité, c’est toi qui ne sais plus pourquoi tu travailles, c’est toi qui ne sais plus pour qui tu travailles. Ne méprise pas la sœur que tu risques de perdre et que tu devrais admirer comme nous l’admirons. Ne la prends pas pour une écervelée qui s’est laissée entraîner par de beaux discours et des éclats de rage adolescente, quand elle savait ce qu’elle faisait et les risques qu’elle courait, et que jusqu’au bout nous chercherions à la protéger.
-Beau travail.
-Rien n’est encore perdu. Tu peux encore nous rejoindre.
-Rejoindre quoi ? La poignée d’éclopés qu’il doit rester.
-Tu ne comprends pas. Ta sœur n’est pas seule à avoir un frère. Ta sœur n’est pas seule à être aimée. Les camarades que nous perdons, ce seront d’autres camarades gagnés.
-Tu es par trop naïve. Idiote ! Crois-tu vraiment que votre chair à canon pourra être renouvelée indéfiniment ?
-Peut-être, grâce à ta sœur.
-Ma sœur ne peut plus rien pour vous. Qu’elle s’en sorte, et je fais le vœu de ne plus jamais vous laisser l’approcher.
-Ne dis pas « vous » pour parler des camarades de ta sœur. Ne dis pas « vous » pour parler du peuple. Tu fais partie du peuple. Tu fais partie des nôtres.
-J’aurais pu. Si vous ne l’aviez pas tuée. J’aurais pu écouter vos harangues, j’aurais pu y acquiescer et m’y laisser entraîner.
-Menteur, tu préférais travailler.
-J’ai à nourrir une mère et une sœur. Mais j’étais d’accord avec vous dans le fond. J’étais acquis à votre cause bien avant que Louise ne le soit. Je n’osais pas encore y croire, mais j’aurais bien fini par vous suivre, si vous n’aviez pas tué ma mère et ma sœur. En tuant ma sœur, vous avez condamné ma mère, et vous vous êtes condamnés. Plus jamais je ne pourrai vous rejoindre.
-Ne blâme pas ta sœur en nous blâmant plutôt que de blâmer ses bourreaux. Tu te penses un grand frère protecteur mais tu n’y comprends rien. Tu ne cherches qu’à protéger ta sœur et ce faisant tu la perds. Tu rêves de la venger mais tu ne fais que l’abandonner. Pour un peu tu l’aurais déjà enterrée. Tu n’as jamais appris ce qu’était la solidarité. Tu n’as jamais marché pour un frère, un cousin abattu. Tu n’as jamais lutté, tu n’as fait que travailler en courbant l’échine, en remerciant parfois. Aujourd’hui tu découvres la violence et tu penses qu’elle vient de nous.
-Ne crois pas m’apprendre la vie.
-Louise l’a découverte aussi, la violence, mais elle ne s’y est jamais trompée. Comprends ce qui pourrait être sa dernière volonté si elle ne devait pas se réveiller.
-Tais-toi.
-N’espère pas me faire peur. La violence, je la connais, je ne crains pas la tienne. Combien peut-elle bien peser ? Mais la mort de ta sœur, elle peut peser lourd.
-Tais-toi, ne parle pas de la mort de ma sœur qui respire encore.
-Elle pourrait peser lourd. Et c’est ce que voudrait ta sœur. Le peuple n’aime pas qu’on lui tue ses enfants.
-Ne cherche pas à me faire croire que ma petite sœur a cherché à se sacrifier pour votre cause. Ne cherche pas à me faire croire que ma sœur est une martyre volontaire de votre cause. Ne cherche pas.
-Je ne veux rien te faire croire. Je veux juste garder l’espoir.
-Je garde l’espoir qu’elle se réveille.
-Je garde l’espoir qu’elle vive. Je ne veux pas la perdre ni la pleurer. Mais si elle doit mourir, que ce ne soit pas une défaite. Si elle doit mourir, que son combat ne meure pas. Que sa mort soit un levier, un sursaut, un instant de bascule. Que tout le peuple se soulève, ceux de son âge, ceux qui ont eu son âge un jour, ceux qui ont des enfants ou des petits-enfants. Et tout le peuple se soulèvera.

-Comment peux-tu y croire encore ?

-Est-ce que nous avons le choix ?

-Alors il ne nous reste qu’à attendre ?

-Que pouvons-nous faire qu’attendre ?

Tu me guitares

Je te plume

Tu me rimes

Je te crayonne

Tu me chantonnes

Je te rythme

Tu me cordes
Tu m’accordes
Tu m’encordes

Je t’écris

Tu me résonnes

Je t’encre

Tu me manches

Je te page

Tu me scandes

Je te feuille

Tu me grattes

Je te déchire

Tu me refraines

Je te scène

Nous actons

Tu me métaphores

Je t’anacoluthe

Tu me crescendes

Je t’ellipse

Tu me musiques

Je te dramatique

Tu me paroles

Je te dialogue

Tu m’instrumentes

Je te réplique

Tu me fredonnes

Je t’apparté

Tu me chansonnes

Je te didascale

Tu m’anaphores

Je te stylote

Tu m’accélères

Je te biffe

Tu me bats

Je te tape

Tu me mesures

Je te plateau

Tu me mixes

Je te rideau

Tu me chantes

J’écris

Tu me soupires

Je te fondu au noir

 

Il y a du vin.

Il y a de la musique.

Il y a du vin partout.

Il y a du vin dans mes veines.

Il y a toi sur la scène.

Il y a des larmes dans mes yeux.

Il y a toi qui ne le sais pas.

Il y a des malentendus.

Il y a des Flamandes qui dansent sans mot dire.

Il y a des anarchistes qui sont toujours debout.

Il y a des sourires puérils.

Il y a des chats qui se haïssent.

Il y a toi qui ne me hais point.

Il y a moi qui ne le sais pas.

Il y a des poèmes au premier rendez-vous.

Il n’y a pas de tofu.

Il y a mon ventre qui gargouille.

Il y a du vin partout.

Il y a des gens qui partent.

Il y a un balcon où il fait déjà jour.

Il y a des protéines dans le sperme.

Il y a du thé noir.

Il y a toi qui chantes dans la cuisine.

Il y a moi qui pleure dans la baignoire.

Il y a des croissants en Allemagne.

Il y a des contrôleurs dans le S-bahn.

Il y a un enfant qui joue à acheter des billets.

Il y a trop de soleil.

Il y a des lunettes noires.

Il y a une guitare.

Il y a un air de rock star.

Il y a des monstres.

Il y a des blessures.

Il y a peut-être une histoire.

Il y a du retard.

Il n’y a pas de numéro de téléphone.

 

 

 

Les codes et les coins

[Pour marquer le jour de la fierté autistique, un nouvel extrait de ma pièce Les antennes et les branches]

 

Loïs, Pacôme, Zohra. Sybille entre.

PACÔME.

Salut Sybille 🙂

SYBILLE.

Bonjour.

LOÏS.

Bonjour !:)

ZOHRA.

Bonjour Sybille 

SYBILLE.

Je suis Sybille. Je suis autiste.

LOÏS.

🙂

ZOHRA.

\o/

PACÔME.

Bienvenue !

Stim.

SYBILLE.

Vous aussi, vous faites partie de la pièce ? Je n’ai jamais eu le script.

LOÏS.

Je fais un puzzle.

SYBILLE.

Tout le monde connaît son texte et je ne sais pas improviser.

LOÏS.

Je fais un puzzle dont je n’ai pas le modèle.

SYBILLE.

Je joue mal.

LOÏS.

Je fais un puzzle sans modèle mais que tout le monde connaît.

SYBILLE.

Je sonne faux.

LOÏS.

Je cherche les coins. Ce sera plus facile quand j’aurai les coins.

ZOHRA.

Moi non plus j’ai rien compris au film et pas trouvé les bords du puzzle.

LOÏS.

Même pas les bords. Rien que les coins, et je pourrai deviner le reste.

ZOHRA.

J’apprends par cœur sinon j’ai les mots en bordille qui me viennent et j’y perds les autres alors oui alors j’apprends par cœur comme un oiseau moqueur et je ne me moque pas.

LOÏS.

Je ne désespère pas de trouver.

PACÔME.

Craquer le code.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un moqueur polyglotte.

PACÔME.

Je n’ai pas cassé les codes. Je n’ai pas essayé.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos.

PACÔME.

Tout ce que j’attendais, c’est le moment où j’allais craquer le code. Le code que tout le monde utilisait. J’ai espéré.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos polyglottos.

PACÔME.

Tout le monde parlait sa langue maternelle sans accent. Personne ne m’apprenait les règles de grammaire. Tout ce que je savais, c’est qu’il fallait dire bonjour et ne pas parler la bouche pleine, et remercier pour les cadeaux même quand ça ne nous plaît pas, et ne pas mettre les coudes sur la table, et ne pas renifler mais se moucher, et ne pas couper la parole.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos leucopterus.

PACÔME.

Je disais bonjour et merci sans couper la parole et je me mouchais sans renifler ni mettre les coudes sur la table et je n’arrivais pas à craquer le code. Tout le monde le connaissait comme une langue maternelle. Tout le monde savait faire la bise, tout le monde savait s’il faut dire tu ou vous, tout le monde savait combien de temps dure une poignée de main, tout le monde savait quand on est ami, tout le monde savait discuter, tout le monde savait qu’il faut combler les blancs et comment. Tout le monde voyait que mes gestes sonnaient faux et mon accent leur brûlait les yeux comme des fautes d’orthographe.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos orpheus.

PACÔME.

J’écorche les oreilles comme une faute de grammaire dont personne ne me dit la règle.

ZOHRA.

Je parle anglais, allemand, breton, catalan, castillan, hébreu, italien, japonais, mandarin, portugais, tibétain, et je ne parle pas la langue de mon pays. Je ne sais pas y être sérieuse sans faire rire, je ne sais pas y faire de blagues sans faire peur, je ne sais pas m’y épancher sans qu’on pense que je blague.

PACÔME.

J’ai tant espéré craquer le code.

LOÏS.

Je chante tout le temps, mais quand je chante ça fait peur parce que je pleure. Je ne veux pas leur faire peur alors je chante tout le temps sans le son, et je sens le spectre de mon chant danser entre mon palais et mes dents.

PACÔME.

Il n’y a pas de code à craquer. Je ne peux qu’apprendre la langue comme une langue étrangère. Peut-être que je continuerai à faire des fautes, peut-être que je garderai un accent. Peut-être que je parlerai trop bien, comme un étranger qui fait toutes les liaisons et les doubles négations.

ZOHRA.

Comme les hispanophones qui en parlant français prononcent u les ou.

PACÔME.

Je garderai toujours un accent d’étrangeté.

LOÏS.

Je pense que je pourrais y arriver si seulement j’avais un coin.

SYBILLE.

Je me souviens de vous comme d’un livre que j’ai lu enfant et que j’ai aimé et que je redécouvre

Et vous n’avez pas changé ;

ZOHRA.

🙂

PACÔME.

🙂

LOÏS.

Vaincre l’allisme

[Extrait de ma pièce Les antennes et les branches]

LOÏS, PACÔME, SYBILLE, ZOHRA.

L’allisme ? Je ne décrirais pas vraiment ça comme une maladie.

C’est une spécificité.

Ils ont du mal avec le silence, je crois.

C’est une différence.

Je ne suis pas vraiment spécialiste, mais il y avait des allistes dans mon collège.

Ils ne sont pas comme nous.

Je crois que c’est génétique.

C’est une particularité.

C’est à cause de l’absence de vaccin.

Des problèmes de gestion de l’honnêteté.

Un rapport particulier au monde et aux autres gens.

Une certaine obsession pour la reconnaissance sociale.

Je ne sais pas si c’est une maladie, c’est une maladie ?

De nos jours tout le monde est un peu alliste.

C’est la mode.

Des soucis de rigueur dans le raisonnement.

C’est difficile à expliquer.

Je pense qu’on a plein de choses à apprendre des allistes. C’est seulement une façon différente d’envisager le monde.

C’est un handicap invisible.

Mais les personnes allistes ont des qualités particulières qui peuvent être de grands atouts pour les entreprises.

Je ne crois pas que ce soit une maladie, mais ça doit être difficile pour l’entourage.

VAINCRE L’ALLISME !

Tu es alliste ? J’imagine que tu passes ton temps à téléphoner et à toucher le bras des gens ?

Tu es alliste ? Ma cousine a un couple d’amis dont la fille aussi est alliste.

Tu es vraiment alliste ? On ne dirait pas.

Mais non, tu n’es pas alliste, ne t’inquiète pas.

Tu as vraiment un diagnostic ?

Comment tu peux dire que tu es alliste alors que tu n’as pas d’amis ?

Tu es alliste ? C’est vraiment terrible. Je suis désolée.

Mais non, tu n’es pas alliste, tu es juste un peu… euh… sociable.

Tu as essayé le yoga ?

Tu es alliste ? Ça ne se voit pas.

Mais non, tu n’es pas alliste, tu es juste un peu normal.

Tu es une personne avec allisme ?

Tu es atteint d’allisme ?

Tu souffres d’allisme ?

Tu souffres d’un trouble du spectre allistique ?

Tu es alliste ? Tu as quel type d’allisme ?

Allisme léger ?

Allisme sévère ?

Allisme de haut niveau ?

Allisme de bas niveau ?

Moi, je suis…

ZOHRA.
Je suis autiste de haute volée.

SYBILLE.

Je suis autiste de haute voltige.

ZOHRA.

Je suis autiste de haute mer.

SYBILLE.

Autiste de honni soit qui mal y pense.

ZOHRA.
Je suis autiste de haute montagne.

PACÔME.

Je suis autiste de caniveau.

LOÏS.

Autiste de gouttière.

SYBILLE.

Autiste d’intérieur.

PACÔME.

Autiste bougon.

LOÏS.

Autiste débonnaire.

SYBILLE.

Autiste sarcastique.

LOÏS.

Autiste tranquille.

PACÔME.

Autiste facétieux.

ZOHRA.

Autiste à poil long.

LOÏS.

Autiste en culotte de velours.

SYBILLE.

Autiste en robe de chambre.

ZOHRA.

Autiste au grand pied.

PACÔME.

Autiste fatigué.

LOÏS.

Autiste tendre.

PACÔME.

Autiste croustillant.

SYBILLE.

Autiste étoilée.

ZOHRA.

Autiste inutile.

LOÏS.

Autiste de fin de tiroir !

PACÔME.

Autiste à chat !

ZOHRA.

Autiste à crête !

PACÔME.

Autiste doux !

ZOHRA.

Alerta ! Alerta ! Autista !

LOÏS.

Autiste radical·e !

SYBILLE.

Autiste fière !

ZOHRA.

Autiste vénère !

PACÔME.

Autiste déter !

LOÏS.

Autiste flou·e !

AUTISTE SOCIAL·E TU PERDS TON SANG-FROID !

Silence.

SYBILLE.

Nous, les autistes, on est tous un peu autistes.

PACÔME.

Je ne mérite pas de vivre.

LOÏS.

Vous me dites que je ne suis pas autonome et vous ne me laissez même pas me dire.
C’est à moi de me dire.
C’est à moi de me définir.
Je ne suis pas une personne avec autisme. Je ne porte pas mon autisme sur le dos.

ZOHRA.

Je ne promène pas mon autisme en laisse.

PACÔME.

Mon autisme n’est pas un costume.

SYBILLE.

Mon autisme n’est pas un bagage.

LOÏS.

Mon autisme n’est pas un fardeau. Mais ça je ne vous le dirai pas, puisque vous ne m’écoutez pas.
Continuez à parler de moi.
Continuez à me nommer sans m’écouter puisque je ne parle pas.
Je ne vous parle pas puisque vous ne m’écoutez pas.

PACÔME.

Je ne mérite pas de vivre.
Je n’ai pas à mériter de vivre.
On n’attrape pas la vie parce qu’on le mérite.
On tombe en vie par hasard.

ZOHRA.

Ne suis-je pas faite de viande et d’étoiles et de bactéries ?

PACÔME.

Comme vous ?

L’écho

[Extrait de ma pièce Les antennes et les branches]

SYBILLE.

L’écho des caresses et des frictions

Le toucher qui s’accroche à la peau comme une odeur

L’odeur qui reste sur la peau et dans le nez et dans la gorge

La brûlure du froid de lumière sur la rétine

La chaleur qui reste dans les os quand la neige fond sur la peau

La persistance rétinienne des doigts sur ma peau

Les vibrations de poussière du tissu que je viens de toucher

Les traces de doigts sur la vitre de ma peau

Vous ne sentez pas ça ?

L’apaisement écrasant des couvertures lourdes ou la suffocation d’une bulle crevée

L’étiquette qui continue de gratter quand elle n’est plus là

La persistance des vêtements même nue sous les draps

Le poids de vos habits, vous ne le sentez pas ?

Dans les yeux le vent ou l’haleine des gens, vous ne sentez pas ?

Vous n’êtes pas comme moi ?

Vous ne sentez pas la traînée d’écume qui se fond sur votre peau

Comme on sent le ressac de la mer dans son corps longtemps encore après avoir nagé

Comme les roulettes de nos patins continuent à rouler longtemps après les avoir enlevés

Comme la douleur prend du temps à s’effacer

Vous ne sentez pas ?

La sensation que l’on déplace dans le corps comme un son muet dans la bouche

Égaliser la balance de son propre corps

Pour établir

La symétrie

Le fantôme de la main qui pèse sur l’épaule

Fabriquer son miroir

La chatouille, le trébuchement, la bousculade, la poignée de main, le baiser sur une joue, la gifle même, les caresses et les coups

Égaliser

Les fantômes qui m’accompagnent.

L’écho de toutes les caresses qui me bercent et les mains qui me portent à bout de bras

Et celles qui appuient sur ma tête pour la replonger sous l’eau des voix

Vous ne sentez pas ça ?

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