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Carnet fourre-tout d'une autrice théâtreuse

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pièce de théâtre

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MAEVA, 16 ans, maquillée, parle de manière lente et très concentrée. OCÉANE, 18 ans, maquillée, d’apparence plus sûre d’elle et au débit plus rapide. LUCIE, 20 ans, moins apprêtée que les deux autres, look moins « girly » mais plutôt tatouages, piercings ou vêtements personnalisés. MÉLISSA, 25 ans, maquillée, très volubile et énergique. VOIX OFF. Entre MAEVA. Elle s’assied face au public, se recoiffe, s’éclaircit la voix puis agite la main. Coucou les filles ! Alors la semaine dernière, comme vous le savez, je vous ai montré comment réaliser de superbes anglaises simplement avec des feuilles d’aluminium roulées en papillotes. Plusieurs personnes m’ont fait remarquer dans les commentaires que le résultat était magnifique et l’astuce très économique mais que l’aluminium n’est pas très écologique. Alors j’ai pris conscience quec’était vrai, d’autant qu’on ne peut pas vraiment réutiliser les feuilles pour emballer des aliments après les avoir enroulées dans ses cheveux. Ce n’est pas très hygiénique. Alors aujourd’hui, après avoir bien réfléchi, je voulais d’abord vous faire un grand mea culpa, parce que l’écologie est vraiment importante pour moi. Et surtout, je voulais vous remercier pour vos commentaires qui m’ont vraiment permis de réfléchir et d’avancer sur cette question. J’ai vraiment de la chance de vous avoir. J’espère que grâce à mes vidéos, je vous apporte autant que vous m’apportez à moi. Alors pour vous remercier j’ai décidé de faire une nouvelle vidéo de papillote, mais cette fois- ci avec du papier toilette.Alors bon c’est pas glamour, je vous entends déjà rire derrière vos écrans, mais je vous assure que le résultat en vaut la peine. Croyez-moi ! Alors en fonction de l’effet recherché, vous pouvez opérer sur cheveux secs, ça vous donnera un beau volume. Ou alors sur cheveux humides... (Elle humidifie ses cheveux à l’aide d’un vaporisateur.) pour faire de belles anglaises. Alors je déconseille fortement d’opérer sur cheveux mouillés, parce que le papier toilette risque de se désagréger et de laisser plein de petites miettes. Et pour le coup, ce ne serait vraiment pas glamour. Alors on tire quelques feuilles de papier, oui, de papier toilette, je sais, faites-moi confiance, vous n’êtes pas obligées de faire ça devant votre mec ! Donc( Entre OCÉANE, qui s’assied également face au public.) MAEVA : on tire quelques feuilles de papier, vous pouvez choisir du papier recyclé pour que ce soit encore plus écologique. Ensuite vous les roulez comme ceci, pour que la papillote soit bien solide, puis vous enroulez une mèche de cheveux autour. Alors la mèche peut être plus ou moins épaisse en fonction du résultat recherché. (Elle enroule chaque mèche de ses cheveux en silence.) OCÉANE : Salut les filles ! Et les garçons, parce que je sais qu’il y en a quelques uns qui me suivent, même s’ils ont du mal à l’admettre ! Alors tout d’abord je m’excuse, je suis vraiment désolée, pardon pardon pardon, j’espère que vous me pardonnez, ça fait plus d’une semaine que je n’ai pas posté de vidéo alors que j’avais promis de garder le rythme cette année, mais j’ai eu plein de partiels ces jours-ci, la fac me prend beaucoup plus de temps que ce que je pensais et je n’ai plus autant de temps à consacrer à mon blog, à vous consacrer ! Malgré ça vous continuez à me suivre, vous êtes toujours aussi fidèles, et même de plus en plus, et ça, ça me fait vraimentchaud au cœur, alors j’avais vraiment envie de faire un petit truc pour vous remercier ! Donc aujourd’hui ce sera une vidéo un peu spéciale, pas de tuto make-up, j’ai une surprise pour vous. Il y a deux semaines vous avez été nombreuses, et nombreux ! Oui oui les garçons, je sais que vous êtes là ! Vous avez été nombreux à me complimenter sur ce collier, et à me demander où je l’avais acheté. C’est pour ça que je l’ai remis aujourd’hui. Alors la vérité c’est que ce collier, je ne l’ai pas acheté, je l’ai fabriqué ! Eh oui, je vous avais caché mon petit péché mignon qui est le Do It Yourself ! (Elle se fige. Entre Lucie.) Salut ! Bienvenue sur Laissons Lucie Faire, merci d’être toujours plus nombreux à me suivre. Comme vous le savez, c’est bientôt la fin de l’été, eh oui, déjà, mais qui dit automne dit... Halloween ! Comme vous vous en doutez, c’est bien sûr ma fête préférée, alors je vous ai préparé une tonne de tutos. J’y ai passé du temps, et il y ena pour tous les goûts, alors j’espère que vous allez vraiment kiffer, autant que moi j’ai kiffé le faire. Première proposition, vampire sexy ! (Lucie se fige. Entre MÉLISSA.) Coucou mes cochons d’Inde ! Ça me fait un bien fou de vous retrouver enfin, la semaine dernière a été une semaine de folie, c’était incroyablement intense, je n’ai pas eu une minute à moi, attention, je ne me plains pas, je n’ai pas le droit de me plaindre, et ce que je vis en ce moment c’est aussi un peu grâce à vous, c’est vraiment une expérience incroyable, c’est grâce à vous si Le Petit Monde de Mélissa est devenu ce qu’il est maintenant, donc il fallait que je vienne tout vous raconter, je viens juste de rentrer, je n’ai même pas encore ouvert ma valise ni chargé mes photos sur(MAEVA a terminé ses papillotes.) Voilà, c’est terminé, donc il n’y a plus qu’à aller se coucher. Alors encore une fois, c’est vraiment pas glamour, donc c’est vraiment à réserver pour les soirs où vous dormez / MÉLISSA : mon ordi, je suis tout de suite venue vous voir, alors excusez-moi, comme vous pouvez le voir je ne suis même pas maquillée, je viens vraiment juste de rentrer ! Cette vidéo est donc vraiment juste pour vous remercier, je ferai une vraie vidéo plus tard, mais là j’ai juste pas l’énergie, comme quoi, moi aussi il m’arrive / (Elle se fige.)OCÉANE : Bleu Océane » et ensuite vous me décrivez votre bijou préféré et vous me racontez pourquoi, si on vous l’a offert, si c’est un souvenir de votre grand- mère... Vous avez jusqu’au 30, donc prenez bien votre temps pour y réfléchir ! Je choisirai moi-même mes trois commentaires préférés, et les heureuses gagnantes, ou les gagnants, hein, auront droit à un collier personnalisé ! Oui oui, personnalisé ! Alors pensez bien à me dire aussi dans le commentaire vos deux ou trois couleurs préférées ! (OCÉANE retire son collier, enfile un grand pull et s’affale par terre pour jouer sur son portable.) LUCIE : c’est facile, du noir, du noir et encore du noir, avec un peu de rouge, eh oui, le rouge c’est la couleur du sang, et aussi un peu de blanc, par exemple pour la chemise. Vous pouvez la jouer soit vampire rock, avec un blouson en similicuir, un collier à pointes, des bracelets à pointes, un jean noir déchiré ou un pantalon en similicuir pour un total look, soit vampire classe, avec veste en velours, chemise à jabot, ou alors un corset en dentelle rouge et noir pour les meufs, c’est vous qui voyez. Et maintenant, le tuto make-up ! Pour le teint, vous vous en doutez, on veut du pâle, du très pâle, alors arrêtez de râler que votre bronzage de l’été est déjà parti, ça tombe bien ! Donc pour la base j’utilise du blanc de Chanel... MÉLISSA : ... d’avoir des baisses d’énergie ! Mais ne vous inquiétez pas, je vais juste faire une bonne sieste et après je reviens vous voir et je vais juste tout vous raconter en détails ! À très bientôt mes amours ! / Moi aussi il m’arrive d’avoir des baisses d’énergie ! Mais ne vous inquiétez pas, je vais juste faire une bonne sieste et après / excusez--‐moi, comme vous pouvez le voir je ne suis même pas maquillée, je viens vraiment juste de rentrer ! Cette vidéo est donc vraiment juste pour vous remercier, je ferai une vraie vidéo plus tard, mais là j’ai juste pas l’énergie ! / À très bientôt mes amours ! / À très bientôt mes amours ! / Coucou les loulous ! J’espère que vous allez bien ! Moi je déborde juste d’énergie cette semaine ! D’ailleurs vousMAEVA : seule. Après, vous pouvez aussi les garder seulement quelques heures, et la coiffure tiendra le temps d’une soirée, ou plus, en fonction de votre nature de cheveux. Donc je vous quitte pour aller faire ma routine du soir, et je vous retrouve demain matin pour qu’on découvre le résultat ensemble. À tout à l’heure ! (Elle agite la main et se fige.) OCÉANE : En fait ça ne fait pas très longtemps que je m’y suis mise, et je dois vous avouer que je ne me sentais pas trop douée pour ça, mais vos réactions face à mon collier m’ont fait un si gros plaisir que je pense ajouter une catégorie di aïe ouaïe à mon blog. Qu’est-ce que vous en pensez ? Dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires ! Et en attendant, attention, voilà la surprise, roulement de tambour... Je vous propose de gagner des colliers réalisés par moi-même, de mes petits doigts. Pour participer, c’est très simple, laissez-moi un commentaire avec en titre « Je veux un collier / LUCIE : Pour ceux et celles qui n’ont pas envie de se prendre la tête avec leur déguisement, qui veulent pouvoir danser et donc être libres de leurs mouvements, et qui veulent se donner un petit air mystérieux, parce que, soyons honnêtes, Halloween, c’est aussi l’occasion de pécho. Donc pour le costume en lui-même,MAEVA retire délicatement ses papillotes une à une. LUCIE se maquille en commentant chacun de ses gestes, mais sans le son. À chaque fois qu’elle utilise un nouvel accessoire de maquillage, elle le brandit d’abord devant elle en le présentant devant sa paume. allez pouvoir en juger par vous-même au travers de toutes les vidéos que je vous ai faites ! Oui ! Je vous ai fait plusieurs vidéos cette semaine ! Je vous ai vraiment gâtées mais c’est normal, après / Salut mes chatons cœurs ! Je voulais juste vous faire un petit coucou de l’endroit paradisiaque où je suis, et ça c’est grâce à vous, j’ai juste trop de chance de vous avoir ! OCÉANE se relève brusquement, enlève son pull, remet son collier. Voilà, à tout tout bientôt, j’ai hâte de lire toutes vos belles histoires et vos beaux souvenirs, je suis sûre que ça va être très émouvant ! Je vous fais plein de bisous, et à trèsbientôt sur Des Yeux Bleu Océane ! Promis, j’essaie de revenir avant l’année prochaine ! Non je plaisante, de toute façon je reviendrai au moins le 30 pour les résultats du concours ! À bientôt !( Elle agite la main et se fige.) LUCIE : On estompe on estompe on estompe ! (Elle recommence à parler sans le son tout en se maquillant.) MAEVA : Et voilà, de belles anglaises comme promis, enfin, ce ne sont pas tout à fait des anglaises parce que ma nature de cheveux très raides fait que c’est difficile pour moi d’avoir de vraies boucles, mais comme vous voyez ça fait déjà un beau volume. Si vous voulez du plus bouclé, vous pouvez retravailler vos boucles aux doigts en les... LUCIE : Salut les filles ! MÉLISSA : Salut mes boutchous ! J’espère que vous allez bien ! / Coucou mes amours ! Comment / Coucou les chouchous ! Ça / Coucou mes / Salut mes / Salut les filles ! Coucou mes marrons chauds ! Bah oui, les marrons chauds, c’est bon et réconfortant, (Voix off, legato, crescendo) Trop trop belles ! Tu as bien fait de craquer, franchement ! — J’aimerais tellement pouvoir me les offrir aussi ! — C’est magnifique ! — Ça te va tellement bien ! — Je préférais ton maquillage d’Halloween de l’an dernier mais c’est quand même — Trop beau !(MAEVA vaporise de l’eau sur ses cheveux et se fige.) Salut les filles ! Salut les filles ! Coucou les filles ! Coucou les filles ! (MAEVA se brosse les cheveux pour essayer de les lisser.) Coucou les filles ! (OCÉANE prend des poses, genoux en dedans, main sur la hanche, main de poupée, regard en coin. LUCIE a terminé son maquillage de vampire sexy. Elle tourne son visage de droite et de gauche pour le bien montrer.) MÉLISSA : comme vous ! Surtout en cette saison ! Vous voyez où je veux en venir ? Eh oui, on ne peut rien vous cacher ! J’ai bien reçu la palette d’ombres à paupières Marron glacé de chez / (Elle se fige.) VOIX OFF : Viens sur mon blog http://labulledelililou. / Trop beau ! Je vais essayer de faire pareil ! — Je ne suis pas convaincue par ces chaussures, je pense que tu es tombée dans le piège du talon en parenthèse inversée qui alourdit la silhouette — Avec cette longueur d’ourlet, il vaut mieux des — C’est sûr que faut oser mais bon avec ta silhouette tu peux tout te permettre — La photo est retouchée, non ? — Je pense qu’avec tes mollets de footballeur il vaudrait mieux éviter les chaussettes montantes — Tes cheveux sont trop beaux, tu utilises quel shampooing ? — Je voulais les acheter aussi, est-‐‐ce que tu peux me dire si ça taille petit ? D’habitude je chausse du 38-39 mais je n’ai encore jamais commandé chezeux, j’attends ton retour, merci d’avance — oh non, pas toi ! J’ai déjà vu ces chaussures sur le blog de Vicky et aussi sur celui de — encore une mode que je ne comprends pas — ma grande, quand on a une silhouette comme la tienne il vaut mieux éviter les ponchos, même si c’est la mode — je comprends que ton mec t’ait larguée — tu n’en as pas marre de jouer les petites filles ? Tu ne crois pas que tu as passé l’âge ? — quand on a une silhouette en sablier — quand on a une silhouette en pyramide — quand on a un menton comme le tien — quand on a un nez comme le tien — tiens, tu as grossi, non ? Un heureux événement qui s’annonce ? — Super, encore un article passionnant et indispensable.LUCIE : Et voilà pour la belle vampire sexy ! Croyez- moi, tous les mecs auront les crocs ! Maintenant, deuxième proposition, la sirène ! Un peu plus difficile à réaliser, mais vous allez voir qu’avec mes conseils... (Elle se fige, la main levée exhibant un pinceau plaqué contre la paume de son autre main.) MÉLISSA : Mes amours jolis, il faut que je vous confie quelque chose, un grand projet que je mijote depuis longtemps, parce que oui, j’ai une vie en dehors du blog, je n’en ai encore parlé à presque personne... (Elle se fige dans un grand éclat de rire muet et artificiel.) Voix off : Trouve-toi un vrai métier. — Le phénomène des « blogueuses » remplacera-t-il les journaux féminins ? On espère que non, on vous dit pourquoi. — Mais t’es malade, c’est hyper allergisant la cannelle ! — Encore une bourde monumentale de la jeune « blogueuse beauté » qui — Pourquoi ne faut-‐‐il surtout pas suivre les conseils beauté de — Le scandale des billets sponsorisés des « blogueuses » — On a lu pour vous le livre de la jeune « blogueuse » — La « youtubeuse » star pète un câble — La jeune « blogueuse » accuse les réseaux sociaux d’être responsable de ses problèmes — la « blogueuse » fait sa crise — La « blogueuse » supprime son compte Instagram — La « blogueuse » désactive(MAEVA a fini de se lisser les cheveux.) OCÉANE : Aujourd’hui j’ai fait une folie ! Vous avez vu mes nouveaux bébés ? Vraiment une folie, mais j’ai pas pu résister ! Dites-moi que j’ai bien fait ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Dites-moi dans les commentaires ce que vous en pensez ! (Elle se fige dans une pose : genoux en dedans, ventre rentré, main sur la hanche, main de poupée.) Voix off : les commentaire — La jeune « youtubeuse » star qui avait supprimé sa chaîne a maintenant encore plus de fans, bien joué ! — Encore un gros coup de pub ! MAEVA :Coucou les filles ! J’espère que vous allez toutes très bien. Moi je ne vais pas très bien en ce moment. Aujourd’hui ça va. C’est pour ça que j’en profite pour faire cette vidéo. Je suis désolée pour celles qui attendent depuis longtemps un nouveaututo coiffure ou make-up, en ce moment je n’ai pas trop l’énergie de faire ça. Donc je suis vraiment désolée. Mais j’avais vraiment envie de faire une vidéo sur quelque chose que je vis au quotidien. Si vous êtes là uniquement pour les conseils de beauté ou de mode, je suis désolée. Mais j’avais vraiment besoin de vous parler de ça. Ça fait maintenant presque un an que je suis entrée au lycée. Je ne vais pas rentrer trop dans les détails parce que c’est un peu trop douloureux encore. Mais j’avais vraiment envie de vous parler de harcèlement scolaire. Ça fait quelques mois que ça dure. Au début je pensais que ça allait passer. J’ai essayé de m’intégrer. J’ai essayé de faire des efforts. J’ai essayé de me faire des amis. J’ai même cru que / Voix off, legato, crescendo jusqu’à recouvrir totalement la voix de MAEVA : Bravo Maeva — merci pour ton témoignage, ça me touche de voir que je ne suis pas la seule — merci pour cette vidéo qui fait réfléchir — bravo pour ton honnêteté — merci pour ta confiance — j’aimerais pouvoir t’aider —c’est horrible — merci, merci, c’est exactement ce que j’avais besoin d’entendre — ça fait deux ans que ça dure, je ne sais pas quoi faire — merci — je n’ose pas en parler à mes parents moi non plus — je ne sais pas à qui en parler alors je voudrais te demander des conseils — bon courage Maeva, on est toutes avec toi — ne t’en fais pas, on est là — moi voudrais aussi j’ai connu ça mais jej’avais des amis. Je vous en parle maintenant parce que ça devient trop lourd à porter. Je n’arrive pas à en parler avec mes parents. J’ai honte. C’est trop dur. Je ne veux pas leur faire de peine. Je ne veux pas les inquiéter. Alors je vous en parle à vous. Parce que je vous fais confiance. OCÉANE : Aujourd’hui je voudrais vous conseiller le blog de Maeva...( Maeva continue à parler mais ses paroles ne nous parviennent pas, étouffées par les voix off.) LUCIE : Aujourd'hui je voudrais vous conseiller le blog de Maeva, qui a courageusement décidé d’aborder un sujet difficile. Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais moi aussi... OCÉANE : Aujourd’hui je voudrais vous conseiller le blog de Maeva... MÉLISSA : Je sais que ça va vous étonner, parce que c’est un sujet dur et douloureux mais... MAEVA : Ça n’a pas commencé tout de suite dès la rentrée, au début j’ai même sympathisé avec quelques filles de ma classe... Et puis, je ne sais pas ce qui s’est passé... Elles n’ont plus voulu s’assoir à côté de moi en classe. Il y a des rumeurs qui ont / OCÉANE : Je sais que je ne donne pas cette impression, mais moi aussi, parfois... MÉLISSA : Merci, Maeva. Voix off : m’en suis sortie — tu verras — c’est juste un mauvais moment à passer — ma pauvre chérie — merci Maeva — mais c’est horrible je n’aurais jamais pensé que toi Maeva tu pouvais être victime de — ma pauvre chérie c’est horrible — bravo pour ton courage — il faudrait leur péter la gueule — c’est quelle marque le tee-shirt que tu portes sur la vidéo ? Il est trop joli. Bon courage ! — merci pour cette vidéo, bonne continuation — arrête de te laisser aller — il ne faut pas leur montrer que ça t’atteint — encore un bon gros coup de pub —bravo pour ton témoignage mais tu n’as pas peur que tes harceleurs tombent dessus ? — j’aime beaucoup ton blog continue bravo, comme quoi même lesMAEVA : commencé à circuler sur mon compte... Je ne sais pas de qui c’est parti. Il y a eu des graffitis dans les toilettes... On m’a volé ma trousse, mes cahiers... C’est mon troisième agenda... Dès que je parle en classe... Quand je marche dans les couloirs... OCÉANE : Bravo, Maeva. MAEVA : Je n’ose plus manger à la cantine, je passe la récréation enfermée dans les toilettes... LUCIE : Et j’ai parfois l’impression que ça dure encore aujourd’hui. Voix off : blogueuses qui n’ont pas du tout été gâtées par la nature peuvent avoir bon goût — moi je trouve que tu es de plus en plus jolie, ça ne se remarque pas que tu as pris quelques kilos — très joli ton smoky, tu nous feras un tuto ? — tu as une silhouette de petite fille malade — bravo pour ton courage, moi à ta place j’aurais trop peur qu’ils tombent dessus — arrêtez, ils ne connaissent pas son blog, ils ne savent pas que c’est une blogueuse connue, sinon ils n’oseraient pas la harceler. MAEVA : Merci, ça m’a fait du bien de vous parler.

Les codes et les coins

[Pour marquer le jour de la fierté autistique, un nouvel extrait de ma pièce Les antennes et les branches]

 

Loïs, Pacôme, Zohra. Sybille entre.

PACÔME.

Salut Sybille 🙂

SYBILLE.

Bonjour.

LOÏS.

Bonjour !:)

ZOHRA.

Bonjour Sybille 

SYBILLE.

Je suis Sybille. Je suis autiste.

LOÏS.

🙂

ZOHRA.

\o/

PACÔME.

Bienvenue !

Stim.

SYBILLE.

Vous aussi, vous faites partie de la pièce ? Je n’ai jamais eu le script.

LOÏS.

Je fais un puzzle.

SYBILLE.

Tout le monde connaît son texte et je ne sais pas improviser.

LOÏS.

Je fais un puzzle dont je n’ai pas le modèle.

SYBILLE.

Je joue mal.

LOÏS.

Je fais un puzzle sans modèle mais que tout le monde connaît.

SYBILLE.

Je sonne faux.

LOÏS.

Je cherche les coins. Ce sera plus facile quand j’aurai les coins.

ZOHRA.

Moi non plus j’ai rien compris au film et pas trouvé les bords du puzzle.

LOÏS.

Même pas les bords. Rien que les coins, et je pourrai deviner le reste.

ZOHRA.

J’apprends par cœur sinon j’ai les mots en bordille qui me viennent et j’y perds les autres alors oui alors j’apprends par cœur comme un oiseau moqueur et je ne me moque pas.

LOÏS.

Je ne désespère pas de trouver.

PACÔME.

Craquer le code.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un moqueur polyglotte.

PACÔME.

Je n’ai pas cassé les codes. Je n’ai pas essayé.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos.

PACÔME.

Tout ce que j’attendais, c’est le moment où j’allais craquer le code. Le code que tout le monde utilisait. J’ai espéré.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos polyglottos.

PACÔME.

Tout le monde parlait sa langue maternelle sans accent. Personne ne m’apprenait les règles de grammaire. Tout ce que je savais, c’est qu’il fallait dire bonjour et ne pas parler la bouche pleine, et remercier pour les cadeaux même quand ça ne nous plaît pas, et ne pas mettre les coudes sur la table, et ne pas renifler mais se moucher, et ne pas couper la parole.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos leucopterus.

PACÔME.

Je disais bonjour et merci sans couper la parole et je me mouchais sans renifler ni mettre les coudes sur la table et je n’arrivais pas à craquer le code. Tout le monde le connaissait comme une langue maternelle. Tout le monde savait faire la bise, tout le monde savait s’il faut dire tu ou vous, tout le monde savait combien de temps dure une poignée de main, tout le monde savait quand on est ami, tout le monde savait discuter, tout le monde savait qu’il faut combler les blancs et comment. Tout le monde voyait que mes gestes sonnaient faux et mon accent leur brûlait les yeux comme des fautes d’orthographe.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos orpheus.

PACÔME.

J’écorche les oreilles comme une faute de grammaire dont personne ne me dit la règle.

ZOHRA.

Je parle anglais, allemand, breton, catalan, castillan, hébreu, italien, japonais, mandarin, portugais, tibétain, et je ne parle pas la langue de mon pays. Je ne sais pas y être sérieuse sans faire rire, je ne sais pas y faire de blagues sans faire peur, je ne sais pas m’y épancher sans qu’on pense que je blague.

PACÔME.

J’ai tant espéré craquer le code.

LOÏS.

Je chante tout le temps, mais quand je chante ça fait peur parce que je pleure. Je ne veux pas leur faire peur alors je chante tout le temps sans le son, et je sens le spectre de mon chant danser entre mon palais et mes dents.

PACÔME.

Il n’y a pas de code à craquer. Je ne peux qu’apprendre la langue comme une langue étrangère. Peut-être que je continuerai à faire des fautes, peut-être que je garderai un accent. Peut-être que je parlerai trop bien, comme un étranger qui fait toutes les liaisons et les doubles négations.

ZOHRA.

Comme les hispanophones qui en parlant français prononcent u les ou.

PACÔME.

Je garderai toujours un accent d’étrangeté.

LOÏS.

Je pense que je pourrais y arriver si seulement j’avais un coin.

SYBILLE.

Je me souviens de vous comme d’un livre que j’ai lu enfant et que j’ai aimé et que je redécouvre

Et vous n’avez pas changé ;

ZOHRA.

🙂

PACÔME.

🙂

LOÏS.

Souffle

Lumière de matin incolore.

Comme un coassement :

Tu es déjà levée ?

Toussotement.

Tu es déjà levée ?

Ton oreiller est déjà frais. Je pourrais te le piquer pour y repiquer du nez. Mais toi déjà levée, pas normal. On pourrait presque s’en inquiéter.

Tu prends ta douche ? Tu prends ta douche et tu ne m’entends pas te parler.

Mais je n’entends pas la douche.

Tu prépares le petit-déjeuner ? Je ne sens pas le pain grillé ni n’entends la cafetière gargouiller. Et tu m’entendrais si tu étais dans la cuisine.
Tu fais pipi ? Mais tu m’entendrais des toilettes. Notre appartement n’est pas si grand.

Tu es sortie acheter des croissants !

Mais non. Il pleut. Dommage. Mais si. Il faisait beau quand tu t’es réveillée, un rayon de soleil qui t’a chatouillé les paupières, et alors, ou bien tu as eu une de tes insomnies, la nuit entière passée à scribouiller des notes sur tes portées, et alors quand le soleil s’est déjà levé, tu n’as pas voulu te coucher, tu as préféré me réveiller avec l’odeur des croissants frais. Et peut-être qu’en passant devant une terrasse de café tu as voulu t’y poser un peu fatiguée. Et puis la pluie. C’est ça voilà c’est ça. Alors la pluie a tout gâché.

Décroche, s’il te plaît. Je sais bien que tu n’es pas là, sinon je ne t’appellerais pas.

Avec ton premier café, ou peut-être un thé, pour changer, tu fumes cigarette et puis cigarette, tu te fabriques une voix à la Jeanne Moreau, tu fumes en rêvassant, en regardant la pluie goutter de l’auvent de la terrasse, de l’auvent ou du hauvent ? De l’auvent, et le rythme des gouttes t’inspire une chanson, alors tu l’écris, plongée dans tes pensées tu n’entends pas mes appels, ou le bruit de la rue les couvre, tu n’entends pas tous mes appels, ou tu t’en fous.

Tu t’en fous de moi, sinon tu aurais laissé un mot.

Mais tu pensais rentrer avant mon réveil, et maintenant que la surprise est gâchée par la pluie, tu préfères manger les croissants toute seule en terrasse, en écrivant une chanson, ou en fumant et en rêvassant. Peut-être en rêvassant à moi. Peut-être que tu rêvasses tellement de moi que tu n’entends pas mes appels. Ce serait drôle. C’est comme ça la vie. On s’est suicidé pour moins que ça. Roméo et Juliette.

Décroche, putain. Décroche, je t’en prie. Pyrame et Thisbé. Je déconne, je ne vais pas me suicider. Peut-être que tu m’as laissé un mot, si ça se trouve. À un endroit stratégique. Il va tomber du pot de café quand je voudrai me réveiller. Ou alors scotché au couvercle des toilettes quand je voudrai pisser. Ce serait drôle. Ce serait bien de toi. Non, dommage. Sur le miroir de la salle de bain, au rouge à lèvres. Non, ça c’est pas toi. Dans la douche. Dans la poche de ma veste. Dans la poche de mon pantalon. Dans mes chaussures. Dans le tiroir à sous-vêtements, au milieu des culottes. Dommage. Dans l’évier. Dans la poubelle. Sur ton bureau, bien sûr, la lettre volée, au milieu de tes partoches. Non. Dommage.

Putain, décroche ! Décroche, putain.

Je vais finir par m’inquiéter. Tes affaires sont toujours là. Enfin, je ne sais pas si elles y sont toutes. Peut-être que tu as fait un tout petit bagage, pour t’enfuir discrètement. Mais fuir quoi ? On ne s’est pas disputées. Peut-être que tu t’ennuyais. Tu as encore fait une insomnie. Tu as passé la nuit à errer dans l’appartement. En fumant tu m’as regardée endormie, et tu m’as trouvée moins belle qu’avant. Ou alors tu ne m’as pas regardée endormie, tu t’es rendu compte que tu n’aimais plus me regarder dormir. Et tu es partie.

Ou alors tu avais un rendez-vous cette nuit. Tu savais que tu ne risquais pas de me réveiller, moi la balourde au sommeil aussi lourd que mon amour. Tu es partie passer la nuit dans les bras d’une autre, ou d’un autre. Ou de plein d’autres. Tu pensais rentrer sagement à l’aube mais ton corps épuisé s’est endormi de plaisir. Ahhh ! Je ne voulais pas frissonner de dégoût. Je n’ai pas fait exprès. De toute façon tu t’en fous. Tu n’es pas là pour le voir. Tu n’es pas là. Décroche s’il te plaît.

Peut-être que tu regrettes et que tu n’oses pas rentrer. Tu sais que je te devine. Tu sais que je te sais. Peut-être que tu as peur de me dégoûter. Mais je m’en fous des autres, mon amour. Je m’en fous presque. Si tu regrettes et que tu rentres maintenant, je te pardonne.

Je compte jusqu’à trois.

Un.

Deux.

Je te laisse encore un quart d’heure.
Je t’aime trop, je pourrais te pardonner n’importe quoi. Mais reviens. Tu vas revenir avec l’odeur d’un autre sexe sur toi. Je le sentirai et je ne dirai rien. Tu prendras ta douche et tu redeviendras comme avant. Et je te prendrai dans mes bras, et il n’y aura que toi et moi. Et l’empreinte de ses mains sur tes seins. Ton beau corps souillé par ses baisers. Baisée. Mais reviens. Je te laisse encore une heure pour rentrer. Après je serai intraitable. Reviens. Décroche s’il te plaît. Je sais que tu n’es pas là, bordel, c’est bien là le problème. Non je ne veux pas te laisser de message. C’est toi qui aurais dû me laisser un message. Si tu tenais à moi. Si tu tenais un tout petit peu à moi.

Je vais faire semblant d’être dans un film et aller pleurer sur le lit. Si tu devais rentrer je n’ai pas envie d’être en train de chialer sur le siège des toilettes ou de baver des larmes sur le carrelage de la cuisine. Je vais mettre ma belle robe de chambre en velours et m’allonger sur le lit avec quelques larmes très dignes. Je ne sais pas pourquoi c’est toujours sur un lit qu’on est censé chialer. Les ravages de Disney. Je vais d’abord me passer de l’eau sur le visage. Parce que je ne suis déjà plus très digne. Si tu devais rentrer maintenant tu aurais envie de repartir immédiatement. Qu’est-ce que je raconte, si tu devais rentrer, tu vas rentrer.

Maintenant.

Je compte jusqu’à trois.

Un.

Non, j’ai dit que je te laissais encore une heure. Un peu moins maintenant. Qu’est-ce que je vais faire en attendant ? Je ne vais pas pleurer sur le lit pendant une heure. Tu vas rentrer et je serai une momie desséchée. Je serai une chips. Ou noyée dans un lac d’eau salée. Sur le lit. Dans ma belle robe de chambre en velours. C’est déjà ça.

J’ai faim. Mais si tu rentres pendant que je bouffe des tartines tu vas penser que je ne me suis pas inquiétée. Tu vas penser que je m’en fous, que peut-être je t’aime un peu moins qu’avant, un peu moins passionnément. Tu vas penser que tu peux faire ça souvent. M’abandonner avant le lever, et puis me retrouver en train de me bâfrer sans pleurer. Tu vas penser que je n’ai pas besoin d’explications. Tu vas penser que tu peux t’en tirer comme ça. Ou tu croiras que je ne t’aime plus et tu seras blessée. Et tu vas me quitter. Mais non tu n’es pas comme ça. Tu n’es pas de celles qui ont besoin d’être possédées pour se sentir aimées. Tu es tellement mal tombée sur moi, mon pauvre amour.

Qu’est-ce qu’il vaut mieux, que tu me retrouves en train de manger du pain grillé mouillé de larmes, ou que tu me retrouves très digne sur le lit en train de gargouiller ? Je vais prendre de quoi manger dans la chambre. Si j’entends la porte s’ouvre, non, quand j’entendrai la porte s’ouvrir, j’aurai le temps de cacher l’assiette sous le lit. Et puis de m’y jeter avec mes beaux cheveux épars sur les épaules découvertes par le velours de la robe de chambre, les lèvres gonflées de chagrin mais pas les yeux, pas trop, il ne faut pas que tu me méprises. Il faut juste que tu te sentes coupable.

Qu’est-ce que je raconte. Quelle horreur. Je me fais horreur. Je te ferais horreur aussi si tu m’entendais. Heureusement que tu n’as pas décroché. Qu’est-ce que je raconte. Décroche. Décroche, s’il te plaît.

Je ne fais pas semblant. Je te jure. Je me vautre vraiment dans les larmes et l’angoisse, et la morve, et j’en fous partout sur le lit parce que je m’en fous de ce lit si je ne le partage plus avec toi.

Salope.
Je t’aime, s… salope. J… je t’aime, j… Je.

Elle prend la carafe d’eau, s’en sert précautionneusement un verre, puis se le vide sur la tête. La carafe explose sur le mur.
Noir.
Fracas.
Silence.

C’est quoi ça ?

Lumière. Elle tient une lettre à la main. L’attendue entre. La pièce est totalement détruite.

Il était là.

Quelle cruche.

Quelle cruche je fais, même pas regardé sous l’oreiller.

Pardon mon amour. Merci mon amour. Pardon d’avoir douté.

Long silence. Noir.
On entend la porte se refermer.

Lectures théâtrales à l’ENSATT

Mes camarades d’écriture de l’ENSATT et moi-même mettons en lecture nos dernières pièces de théâtre les 10 et 11 mai à 19h, 4 rue Sœur Bouvier 69005, en salle 107. Entrée libre.

Mardi 10 : textes de Pablo Jakob, Mathilde Soulheban et Lucie Vérot.
Mercredi 11 : textes de Nicolas Barry et Léonie Casthel.

The City of the Dogs and the City of the Thin-nosed Fish

They are behind the door. I know it because of the fire smell of their torches. I cannot hear them. My blood is pulsing too loud against my temples.

They are there, eager for revenge. Revenge against you who didn’t do anything. Revenge against you who are now still squeezing up your warm body against mine, to comfort me. Your head in my neck, your cheek against my cheek. Like you always did. But tonight I know this is my turn to protect you. I know I am the only one able to save you. But I also know I am all alone and disarmed, facing those barbarians. I am too small. They are too crazy.

The ribbon glides from my hair while I am rocking you like a child.

The ribbon glides around your neck and you do not move.

The ribbon tightens around your neck and the house door flies into pieces.

You moan for the last time. Very softly. You don’t complain. You just want to comfort me for the last time : it’s gonna be all right, they will not get me.

They will not get you. They will not get you.

They didn’t get you.

I am closing your golden eyes when they find us hidden under the table. Your body is still warm when they grab you. My fingers cling on to your fur. All my life this fur warmed me up. On the morning, my first contact with the world. And every night I could sleep only feeling your warmth against my bare skin. And tonight you are gone, and they want to take you away from me.

They didn’t have you death, they will not have your body. And I hang on to you. I cling to you. But I am too little. I am too little and they take you away from me. Those disgusting fish worshippers are taking you away from me. They are snatching you from my arms, those disgusting dog-eaters. And I scream, like I never did before. I scream like I never shouted at my mother during an argument, because always you have been there to calm me down. I scream like I never did to extirpate myself from a nightmare, because always you have protected me. I scream when their blade sink into your neck. Your neck still adorned with my ribbon that killed you. I scream when your fur turn to red. I scream too loud to hear the noise of your head when it falls on the floor. I am still screaming when they abandon me cowering on the beheaded corpse of my dog. I am screaming the face in your soiled fur.

I am not screaming anymore when my parents return from the fields. I am done with screaming.

The door is smashed.

My lashes are stuck up.

The salt on my red cheeks.

The ash on my head.

My shaved head.

My shaved body.

The down between my legs, annunciating I would soon be nubile, I shaved it. My hair, I shaved it. All my body, shaved, like the razor cut your throat, like the death stole your fur.

Your fur, I kept it.

Your fur, I will always keep it. It will be mine from now on.

That is the day I grew up.

You do not enter into adulthood. You fall into it. You never get up.

It is not the blood one day I found in my pants, it is not the change of my body, it is not the change of my voice that transformed me. It is your blood, it is the loss of your body, it is the loss of you. And with this loss, all my world fell apart.

That is the day I grew up, when I understood the fish we ate here were gods in the next village. When I understood that dogs who were our gods were eaten in the next village.

When I understood in other villages they had other gods.

When I understood in other villages they could eat fish and dog.

When I understood in other villages they didn’t have any god.

That is the day I left.

The house had become too empty. The house was full of your absence. The house was full of your death. The whole village was still resounding with your death. And our men were already sharpening their knives to avenge you. I understood there would always have gods or dogs to kill. That is the day I left my parents and my religion.

I wanted to grow up, I wanted to toughen up. My mother used to say : a good library is the treasure of the remedies of the soul. I went to Alexandria and I saw the scrolls. All the wisdoms of the world stacked on each other. I wanted to eat everything. I wanted to understand everything. But the wisdoms of the world tread on each other’s toes. What a book says, another one can deny it. In one book, aquatic turtle is a harmless animal. It is responsible of drought in another one. In another one, it is responsible for the Nile flood. It is an evil symbol in another one.

I read all that and I understand. I understand books are only humans like others, but the madness is more powerful. I understand books contain more power than wisdom. I understand to change the world you have to change the books.

Ambushed. I am waiting. That’s it. The companion whistled. The heat inflaming my cheeks is only mine yet. Crouching in the dust, I unsheathe my bow, my board, put a stick in it. Turn and turn and flip. Sawdust accumulates. My hands are shaking. Sawdust is heating but doesn’t ignite. I accelerate the movement of the bow. I blow. The ember comes, that I cover with dry grass. The companion whistles, a second time. I open the flask, and plunge in it the tupe of my arrow, covered with fabric. At my feet, the heap of grass is starting to ignite. Quick, before our light are spotted. I pass the ring on my thumb. I plunge the arrow into the fire. I strip my muscles and my bow. The companion whistles a third time. I let go of the bowstring. I do not shake anymore. All our burning arrows attack the misleading library. And we do it again. My body is moving by itself. In the darkness around me, I can feel without seeing them my comrades performing the same gesture as me at the same time. My arrow plunges into the alcohol. My arrow plunges into the fire. As a ritual dance. My bowstring tightens. The companion whistle. All our arrows reply while cutting through the air. They join the beginning of the fire. Books : it burns well. And we do it again. Arrow, alcohol, fire, bowstring, whistle. And we do it again. People are screaming around me I think, running, fleeing, struggling. And we do it again, do it again, do it again. Excited. Alive. Victorious. And we do it again. I would not have avenged your death. I would not have tried to avenged you. I wanted your death not be in vain but it was. You died innocent, punished for being. You died innocent, punished for not being a god. You were punished there are no gods.

I haven’t avenged you, I have punished the culprit.

My mother used to say : a good library is the treasure of the remedies of the soul.

I say : a good library is a burning one.

La ville des chiens et la ville des poissons au nez fin

Ils sont derrière la porte. Je le sais à l’odeur de brasier de leurs torches, je le sais à l’odeur de métal des chiens égorgés. Je ne les entends pas. Mon sang cogne trop fort contre mes tempes. Ils sont là et réclament vengeance. Vengeance contre toi qui n’as pourtant rien fait. Vengeance contre toi qui à cet instant presses encore ton corps chaud contre le mien pour me réconforter. Ta tête dans mon cou, ta joue contre ma joue. Comme tu l’as toujours fait. Mais ce soir je sais que c’est à moi de te protéger. Je sais que je suis seule à pouvoir te sauver. Mais je sais aussi que je suis seule et désarmée face à ces barbares. Je suis trop petite. Ils sont trop fous.
Le ruban glisse de mes cheveux tandis que je te berce comme un enfant.
Le ruban glisse autour de ton cou et tu ne bouges pas.
Le ruban se resserre autour de ton cou et la porte de la maison vole en éclats.
Tu gémis une dernière fois. Très doucement. Tu ne te plains pas. Tu veux juste me rassurer une dernière fois : ça va aller, ils ne m’auront pas.
Ils ne t’auront pas. Ils ne t’auront pas.
Ils ne t’ont pas eu.

Je ferme tes yeux d’or quand ils nous trouvent cachés sous la table. Tu es encore chaud quand ils s’emparent de toi. Mes doigts s’agrippent à ta fourrure. Toute ma vie cette fourrure m’a réchauffée. Au réveil le matin, mon premier contact avec le monde. Et tous les soirs je me laissais aller au sommeil seulement en sentant ta tiédeur contre ma peau nue. Et ce soir tu n’es plus, et on veut t’enlever à moi.

Ils n’ont pas eu ta mort, ils n’auront pas ton corps. Et je m’accroche à toi. Je me cramponne à toi. Mais je suis trop petite. Je suis trop petite et on t’enlève à moi. Ils t’enlèvent à moi, ces immondes adorateurs de poissons. Ils t’arrachent à mes bras, ces sales mangeurs de chiens. Et je hurle comme je n’ai jamais hurlé. Je hurle comme je n’ai jamais hurlé contre ma mère même en plein cœur d’une dispute, parce que toujours tu étais à mes côtés pour me calmer. Je hurle comme je n’ai jamais hurlé pour m’extirper d’un cauchemar, parce que toujours tu m’en as protégée. Je hurle quand leur lame s’enfonce dans ton cou. Ton cou toujours orné de mon ruban qui t’a tué. Je hurle quand ton pelage rougit. Je hurle trop fort pour entendre le bruit que fait ta tête en tombant sur le sol. Je hurle encore quand on m’abandonne recroquevillée sur le cadavre de mon chien décapité. Je hurle le visage dans ta fourrure souillée.

Je ne hurle plus quand mes parents rentrent des champs. J’ai fini de hurler.
La porte fracassée.
Mes cils collés.
Le sel sur mes joues rougies.
La cendre sur mon crâne.
Mon crâne rasé.
Tout mon corps rasé.
Le duvet qui s’épaississait entre mes cuisses pour annoncer que je serais bientôt nubile, je l’ai rasé. Ma chevelure, je l’ai rasée. Tout mon corps, rasé, comme le rasoir t’a tranché la gorge, comme la mort t’a volé ta fourrure.
Ta fourrure, je l’ai gardée.
Ta fourrure, je la garderai toujours. Elle sera la mienne désormais.

C’est ce jour-là que j’ai grandi.
On n’entre pas dans l’âge adulte. On y tombe. On ne s’en relève jamais.
Ce n’est pas le sang qu’un jour j’ai trouvé dans ma culotte, ce n’est pas le changement de mon corps, ce n’est pas le changement de ma voix qui m’a transformée. C’est ton sang à toi, c’est la perte de ton corps, c’est la perte de toi. Et avec ta perte c’est mon monde qui s’est écroulé.

C’est ce jour-là que j’ai grandi, quand j’ai compris que les poissons que nous mangions ici étaient des dieux dans le village d’à côté. Quand j’ai compris que les chiens qui étaient nos dieux étaient mangés dans le village d’à côté.

Quand j’ai compris que dans d’autres villages on avait d’autres dieux.
Quand j’ai compris que dans d’autres villages on mangeait du poisson et du chien.
Quand j’ai compris que dans d’autres villages on n’avait pas de dieux.

C’est ce jour-là que je suis partie.

La maison était devenue trop vide. La maison était pleine de ton absence. La maison était pleine de ta mort. Le village entier résonnait encore de votre mort. Et nos hommes aiguisaient déjà leurs couteaux pour aller vous venger. J’ai compris qu’il y aurait toujours des dieux ou des chiens à tuer.
C’est ce jour-là que j’ai quitté mes parents et ma religion.

J’ai voulu grandir, à force. J’ai voulu m’endurcir. Ma mère disait : une bonne bibliothèque est le trésor des remèdes de l’âme. Je suis partie à Alexandrie et j’ai vu les rouleaux. Tous les savoirs du monde empilés les uns sur les autres. Je voulais tout manger. Je voulais tout comprendre. Mais les savoirs du monde se marchent sur les pieds. Ce qu’un livre dit, un autre peut le nier. Dans un livre la tortue aquatique est un animal inoffensif. Elle est responsable de la sècheresse dans un autre. Dans un autre elle est responsable de la crue du Nil. Elle est un symbole du mal dans un dernier. Je lis tout ça et je comprends. Je comprends que les livres ne sont que des humains comme les autres, mais dont la folie a plus de pouvoir. Je comprends que les livres renferment plus de pouvoir que de savoir. Je comprends que pour faire changer les choses il faut changer les livres.

Embusquée. J’attends. Ça y est. Le copain a sifflé. La chaleur qui embrase mes joues n’est que la mienne encore. Accroupie dans la poussière je dégaine mon archet, ma planchette, y plante une baguette. Gire et vire et volte. La sciure s’accumule. Mes mains tremblent. La sciure s’échauffe mais ne s’enflamme pas. J’accélère le mouvement de l’archet. Je souffle. La braise vient, que je recouvre d’herbe sèche. Le copain a sifflé, une deuxième fois.
Je débouche la gourde. J’y plonge l’embout de ma flèche, recouvert de tissu. À mes pieds le tas d’herbe commence à s’enflammer. Vite, avant que nos feux soient repérés. Je passe l’anneau à mon pouce. Plonge ma flèche dans le feu. Bande mes muscles et mon arc. Le copain siffle une troisième fois.
Je lâche la corde. Je ne tremble plus. Toutes nos flèches enflammées prennent d’assaut la bibliothèque mensongère. Et on recommence. Mon corps bouge de lui-même. Dans la pénombre autour de moi, je sais sans les voir que mes compagnons exécutent les mêmes gestes que moi en même temps que moi. Ma flèche plonge dans l’alcool. Ma flèche plonge dans le feu. Comme une danse rituelle. Ma corde se tend. Le copain siffle. Toutes nos flèches lui répondent en fendant l’air. Elles y rejoignent le feu qui commence déjà à prendre. Les livres : ça brûle bien.
Et on recommence. Flèche, alcool, feu, corde, sifflement. Et on recommence. Ça hurle autour de moi je crois, ça court, ça fuit, ça se débat. Et on recommence. Et on recommence. Grisée. Vivante. Victorieuse. Et on recommence. Je n’aurai pas vengé ta mort. Je n’aurai pas cherché à te venger.
J’ai voulu que ta mort ne soit pas vaine mais elle l’était. Tu es mort innocent, puni d’avoir été. Tu es mort innocent, puni de n’être pas un dieu. Tu as été puni qu’il n’y ait pas de dieux.
Je ne t’ai pas vengé, j’ai châtié le coupable.

Ma mère disait : une bonne bibliothèque est le trésor des remèdes de l’âme.
Moi je dis : une bonne bibliothèque est une bibliothèque qui brûle.

Fugue en L Mineure (extrait)

ELLE.
À voix basse, à peine articulée.
Cinq. Cinq fois huit. Quatre fois huit trente-deux cinq…

Fatiguée, incapable de calculer cinq fois huit. Quatre fois huit trente-deux plus huit cinq fois huit quarante. Plus deux. Des flics. Trois flics qui me regardent en ricanant en se cramponnant à la ceinture de leur pantalon. Je suis mineure et des flics qui me croisent seule à minuit ne trouvent rien de mieux à faire que ricaner. Je détourne les yeux pour ne pas les toiser. Le regard méprisant qu’ils méritent me brûle les paupières. Mais ils seraient foutus de m’arrêter pour racolage passif.

Deux hommes. Deux hommes parlent entre eux. Ils s’interrompent pour me fixer. Jusqu’à ce que je détourne à nouveau le regard. Mais je ne baisse pas les yeux. Je prends soin de ne pas les baisser. J’ai grand soin de ne pas les baisser pour autant. Pour si peu. Jamais je ne baisserai les yeux devant un homme. J’ai déjà baissé les yeux devant mon père mais ce n’était pas un homme, c’était mon père. Et plus jamais je ne baisserai les yeux devant lui. Maintenant que ce n’est plus mon père, c’est juste un homme.
Des bandes de jeunes affalés sur les bancs. Des silhouettes indistinctes. Des masses entremêlées mélangées hilares. Des phéromones.

Une fille s’en détache. Elle titube vers moi, hésite, ivre. Trop saoule pour me demander ce qu’elle veut me demander. Une cigarette, j’imagine. Trop tard. Je ne me suis pas arrêtée.
Un homme qui sort d’une voiture en fumant un cigare. Pas le genre à taper des clopes, lui. Inutile de s’appesantir dessus.
Un homme occupé à charger des sacs-poubelles pleins dans une voiture. Pas de conclusions hâtives s’il vous plaît.

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