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Carnet fourre-tout d'une autrice théâtreuse

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jeunesse

27 par Itzko

Une interprétation par le comédien Itzko de mon poème 27 au Zèbre lors d’un Cabaret de Poussière.

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Étape

Un restaurant routier. La patronne est seule.

LA PATRONNE. (Une main dans le dos, elle essaie de défaire le nœud de son tablier, s’agace dessus) – Tu as encore fait un double-nœud. Tu as passé l’âge de ce genre de farces. Tu le sais bien, que j’aime pouvoir dénouer mon tablier d’une main. Je tire sur un cordon et le nœud cède, et alors mon corps délivré redevient le mien, il n’est plus cet uniforme de tenancière qui me porte tous les jours, dimanches et jours fériés, jusqu’à l’heure de la fermeture. C’est presque l’heure. Je vais pouvoir te parler. Parfois il reste encore quelques habitués, mais ils se font rares, ils perdent le chemin au fil du temps. Certains préfèrent maintenant attraper eux-mêmes leur casse-croûte en libre-service ou avaler un sandwich dans leur cabine pour perdre moins de temps. Leurs cafés sont à emporter, leurs cigarettes expédiées sur un bout de parking. Pourtant quelques-uns continuent de s’arrêter ici au milieu de leur route, qui ont encore envie de parler, encore envie de manger, parfois envie de me revoir. Ils t’ont connue toute gamine, grandir entre les tables ou rendre la monnaie, ils s’étonnent de ne plus te voir. Car tu n’es pas là. Alors moi aussi je m’étonne : tu devrais déjà être rentrée. Tu le sais bien, que je n’aime pas que tu traînes trop tard au bord de la route, qui sait ce qui pourrait t’arriver. Mais tu n’en as toujours fait qu’à ta tête, tête de mule, tête brûlée, il faut bien que jeunesse se passe, et ils n’insistent pas. Tu as dû partir en exploration urbaine, comme vous appelez ça, ou tu as sauté à l’arrière d’une moto comme je te l’ai interdit. Qui sait où tu es maintenant ? Les voyages forment la jeunesse, et il faut bien que jeunesse se passe.

Mais il commence à se faire tard. Tu sais ce que vont encore dire les gens ? Ils vont encore dire que c’est un père qu’il t’aurait fallu, que c’est un père qu’il te faut. C’est ça que tu veux ? Les gens vont encore dire que tu n’en fais qu’à ta tête brûlée parce que tu manques d’une figure paternelle pour mettre de l’ordre dans tout ça. Mais toi tu t’en ris, ça t’est égal, à toi, ce que disent les gens, tu traverses la vie avec la grâce d’un sac plastique blanc emporté par le vent. Et tu as autant de cervelle. Je te l’ai déjà dit, de ne pas traîner près des voies le soir, mais tu n’en fais qu’à ta tête de mule écervelée. Tu ne viendras pas te plaindre s’il t’arrive des bricoles.

Elle ramasse les derniers verres sur les tables.

Tu as vu l’heure ? (Avec un coup d’œil à l’horloge murale.) Et tu n’as toujours pas réparé l’horloge. Tu avais dit que tu t’en occuperais. C’est de ta faute si nos clients se mettent en retard à boire un dernier verre ou un troisième café. Je devrais être contente, ça en fait plus dans le tiroir-caisse ? Ma petite, ici on ne pousse pas à la consommation.

Merde à la fin ! Je suis ta mère, tu dois m’obéir. Même si je ne suis pas une bonne figure paternelle. J’ai de l’autorité, je le sais, tout le monde le dit. Même les touristes égarés s’appliquent à me parler français. Les motards qui s’arrêtent ici boire un café n’oseraient jamais oublier de me dire s’il vous plaît. Et quand j’ai décidé de fermer, le plus poivre des ivrognes courbe l’échine sans réclamer de dernier verre. J’ai de l’autorité, tout le monde le sait. Il en faut bien, pour tenir un restaurant routier, il en faut bien pour tenir tête à la route. Mais toi tête brûlée, il t’en faudrait bien plus pour t’arrêter, il t’en faudrait bien plus pour m’écouter. Et tu files comme un convoi de Hell’s Angels sur l’autoroute.

Dommage pour toi.

Elle sort un plat de tiramisu du réfrigérateur.

Personne n’a pris de dessert aujourd’hui. Seulement quelques cafés gourmands, et des sorbets pour les enfants. Ils s’imaginent qu’avec cette chaleur, un tiramisu ne passerait pas. Ils ont peur de somnoler au volant. Ils ne savent pas l’italien et ne comprennent pas que mon tiramisu est fait pour redonner des forces. (Elle l’attaque à la petite cuillère, directement dans le plat.) Si tu ne tardes pas trop, il t’en restera peut-être un peu. Mais tu devrais te dépêcher. J’ai très faim. Je vais tout manger. (Elle repose la cuillère.) Je te laisse une dernière chance.

Elle sort puis revient avec des cendriers dans les mains.

Attention, j’arrive.

Elle regarde autour d’elle. Silence. Elle se dirige vers le jukebox, passe « It’s a beautiful day » de Queen, puis reprend la cuillère et mange le tiramisu en silence dans la musique.

Il commence à se faire vraiment tard. Il commence à être vraiment temps que tu rentres. Tu ne crois pas que tu as passé l’âge de me faire un sang d’encre ? Dépêche- toi, j’ai presque fini. Ça va me redonner des forces, c’est fait pour ça. Tiramisù, tire-moi vers le haut. Toi tu n’en as pas besoin. Tu es plus forte que les fleurs qui réussissent à percer le béton de la route.

Elle repose la cuillère, souffle un peu. Elle a trop mangé. Elle fait un café.

Ça va me faire digérer. Ici tout le monde boit du café, le matin pour se réveiller, le midi pour digérer, le soir pour digérer encore et se réveiller encore avant de reprendre le volant. Tout le monde a la langue jaune, l’haleine empâtée, les paupières qui clignotent. Toi, tu ne bois jamais de café. Tu es bien réveillée et tu ne veux rien digérer. Tu pourrais manger le monde, il te faudrait des sirops de lumière, des smoothies de soleil, des limonades d’étoiles, des diabolos-galaxie. Tu n’en peux plus de servir des cafés. Tu te souviens quand tu apprenais à compter en rendant la monnaie ? Tu as appris à lire sur le menu du jour.

Elle boit son café.

Tu voudrais manger le monde, toi qui as appris la géographie sur les plaques d’immatriculation. Tu n’en peux plus des voitures qui disparaissent à l’horizon après avoir rechargé leurs batteries. Tout le monde s’arrête ici pour se poser. On s’arrête cinq minutes, dix minutes, une heure ou deux. On se pose devant un café, on se pose devant le plat du jour, on se pose sur la lunette des toilettes, on se pose sur la terrasse avec une cigarette. Toi, tu ne tiens pas en place. Je te revois tituber sur tes petites jambes entre les tables du restaurant. Tu lâchais déjà ma main pour te cramponner aux pieds des tabourets du bar. Et depuis que tu sais marcher, tu cours. Tu files. Je ne te tiens plus. Je ne sais jamais où tu es. Je ne sais pas où tu es. Tu devrais déjà être rentrée. Tant pis pour toi, tu ne sais pas ce que tu perds. (Elle reprend une cuillerée de tiramisu.) Il fallait rentrer à l’heure. Quelle heure est-il ? Je ne sais pas ce que j’ai fait de ta montre. Je sais que tu m’as dit qu’elle était waterproof, je sais que tu me l’as achetée pour ça, mais je préfère en prendre soin, alors je l’enlève toujours pour faire la vaisselle, et puis je ne sais pas où je la mets.

Elle vide les cendriers.

Je ne sais plus où elle est passée. Il y a longtemps que je ne l’ai pas vue.

Elle a envie d’une cigarette.

Elle devrait déjà être là. Elle sait bien que ça m’inquiète, mais elle n’en fait toujours qu’à sa tête. Je ne suis pas une mère poule, mais elle sait bien que ça m’inquiète. Je la laisse vivre, mais elle le sait bien, que ça m’inquiète. Ce n’est pas elle qui m’inquiète, c’est tout le reste. Je le sais bien qu’elle pourrait faire du skate sur l’autoroute, faire du vélo sur le toit de l’hôtel Mercure, je le sais bien qu’elle serait capable de s’envoler sur Mercure. Ce n’est pas elle qui m’inquiète, c’est le reste, tous ceux qui m’inquiètent, tous ceux qui prétendent que c’est un père qu’il lui faudrait, que c’est une figure d’autorité qu’il lui faudrait, comme si je n’avais pas d’autorité, comme si elle avait besoin d’un père ! D’ailleurs elle n’a pas non plus besoin 
de moi. Elle n’a besoin de rien : elle pourrait manger le monde. Elle n’a pas besoin de moi, je ne fais que l’entraver. C’est moi qui la retiens ici. Sans moi elle serait une véritable exploratrice, pas une exploratrice d’usines désaffectées. Sans moi elle pourrait faire le tour du monde sans avoir à rêvasser sur les plaques d’immatriculation ou les guides touristiques oubliés par les clients. Où est-ce qu’on irait ? Où est-ce que moi j’irais ? Ma fille a appris à marcher entre ces tables. Elle a dessiné dessus au cutter quand j’avais le dos tourné. Elle a appris la musique sur le jukebox. (Elle touche le bord du bar.) Et c’est ici que je la mesurais.

Il y a une marque par an. Elle avait neuf ans quand elle a dépassé le bar. Où est-ce que j’irais ? Pour aller au travail je n’ai pas à aller loin, j’habite juste à côté. Tous les jours je me lève, dimanches et jours fériés, je me fais du café, un seul, ma fille ne boit pas de café. Je bois mon café seule, ma fille n’est pas là, je ne sais pas où elle est. Alors je vais travailler.

Pour voir ma fille je n’ai pas à aller loin, elle est là, dans le bois des tables griffé de ses dessins, elle est dans les entailles qui ponctuent l’arête de mon bar, elle est dans le menu du jour qu’elle avait écrit à la craie. Où est-ce que j’irais ? Alors j’ouvre le bar, et c’est le moment où je peux penser à autre chose. Je dois dire bonjour aux clients, saluer les habitués, prendre les commandes, je dois encaisser, je dois réciter le menu parce que la craie commence à s’effacer. Je dois encaisser. Il y a des habitués dont je n’ai pas besoin de m’occuper. Ils ont leurs fantômes avec qui parler. Eux aussi sont des fantômes qui ne savent pas s’en aller. Parfois un vieil habitué qui n’est pas venu depuis longtemps me demande des nouvelles de ma fille, mais elle n’est pas là, qui sait où elle est encore passée, et il n’insiste pas. Les autres, les routiers, les motards, lui écrasent le pied, le poussent du coude. Ils s’installent à une table pour chuchoter, et quand je viens prendre leur commande ils changent de sujet. Et leurs yeux me regardent avec pitié.

Elle passe « The show must go on », vide les cendriers, passe l’éponge sur les tables.

S’ils savaient comme ils me font rire, avec leur pitié, qui n’ose plus me demander comment je vais, qui n’ose plus faire de blagues salaces devant moi, qui n’ose plus parler de leurs enfants sous mon toit. Mais moi je continue à rire, je continue à travailler, parce qu’il faut bien continuer, qu’est-ce que je pourrais bien faire d’autre ? Mes hanches entre les tables se déplacent de la même façon que du temps où on m’appelait fille-mère. Mes formes sont toujours les mêmes. Depuis que ma fille n’est plus là, je n’ai plus de hanches. Je n’ai plus de forme. Depuis que je ne suis plus mère, je ne suis plus une femme. Je ne suis ni veuve ni orpheline. On dit qu’il n’y a pas de mot pour dire ce que je suis. Pourtant je suis encore une femme. Mais pour tous ceux qui ont connu ma fille, je ne suis plus qu’une créature amputée.

Je ne suis plus qu’une plaie. Je devrais partir, mais où est-ce que j’irais ?

Elle range les chaises à l’envers sur les tables.

Il y a des bruits. On dit que cette portion de l’autoroute va être désaffectée. C’est ma fille qui serait contente. Mais moi, où est-ce que j’irais ? Je pourrais en profiter pour voyager, comme ma fille le voudrait, comme ma fille en rêvait. Je pourrais faire le tour du monde pour ma fille qui aurait voulu le manger. Je pourrais aller dans l’espace pour ma fille qui n’est jamais allée plus haut que le toit de l’hôtel Mercure. Je pourrais l’emmener ailleurs pour qu’elle puisse se disperser aux quatre coins du monde. Comme elle en rêvait. Il faut que je ferme. Il est tard. Je ne sais pas quelle heure il est, mais j’aurais déjà dû fermer.

Elle passe « We are the champions ». Ce faisant, elle lave la tasse à café, le plat à gâteau, les cendriers, les rince, les essuie puis les range.

Je vais me coucher.

Elle se dirige vers la porte.

Tu éteindras quand ce sera fini ?

Un temps. Elle revient, éteint elle-même la lumière et sort en fermant à double tour derrière elle. Le jukebox finit de jouer seul.

27

Il y a encore quelques années les tarifs jeunes s’arrêtaient à 25 ans
Et les rockstars mouraient à 27 ans.
Aujourd’hui, on est jeune jusqu’à 28 ans
Parfois même 30.
Et les stars décèdent à 69 ans.
Alors notre peau reste jeune le plus longtemps possible
Mais tout de même, il faut grandir, ne pas s’attarder dans l’adolescence, ne pas être des gamins
Parce que les gamins sont naïfs, et il ne faut pas être naïf.
Il faut survivre.
Et puis les jeunes d’aujourd’hui ne savent pas ce que c’est le rock. Le vrai.
Celui qui vit si vite qu’il en meurt jeune.
Il m’arrive de me sentir hyper adulte.
Je règle un problème, je prends une initiative, je remplis de la paperasse, je cesse de fuir, je frappe au lieu de faire semblant de dormir, je parle à quelqu’un, je retrouve mon chemin.
Et je me sens hyper adulte.
C’est sûrement la preuve que je ne suis pas une adulte.
Le serais-je si les nuits blanches avaient perdu de leur superbe
Et les verres de vin leur goût d’interdit ?
Le serais-je si marcher dans la rue n’était plus une aventure ?
Si je l’étais, comprendrais-je enfin la langue ou comme tout le monde ferais-je semblant ?
Croyez-le
Les jeunes de nos jours écoutent toujours
Jim Morrison, Jimi Hendrix, Janis Joplin
Cobain et les échos de leur voix morte qui reste vivante
La voix de la jeunesse éternelle
Celle qui meurt à 27 ans.

Aujourd’hui j’ai 27 ans.
Est-ce que ma jeunesse doit mourir ?

Je me rappelle notamment ce jour, où l’un de mes plus chers poteaux m’enjoignit à m’associer à un fric-frac qu’il fomentait depuis quelques temps. Il avait en effet pour habitude de culbuter la taulière de l’un des hôtels du patelin, mais celle-ci avait récemment rompu, au motif que, si son régulier prenait conscience de leur liaison, elle risquait fort de se retrouver sur la paille avec son mouflet sur les bras. Il avait eu beau lui dire de pas se faire de mouron, qu’il savait la jouer discretos quand c’était nécessaire, elle refusait désormais de jouer à la bête à deux dos.

Mon aminche en avait eu le cœur brisé.

Faut dire qu’elle était rien gironde, la gisquette, avec ses yeux de biche, ses nibards comme des pamplemousses, et son valseur qui se dandinait coquettement quand elle passait entre les tables de sa cantine.

Or donc, mon ami furibard projetait de se venger du cornard qui lui avait sifflé sa gonzesse, et par la même occasion, de la gonzesse qui lui avait préféré son cornard. Toujours prompt à filer un coup de paluche à un copain, je radinai chez lui où il m’explicita son projet : leur chouraver leur thune.

Ma foi, je n’avais rien de mieux à faire ce soir-là, et je ne crachais jamais sur un peu d’oseille. La nuit de l’hôtel, donc, nous nous introduisîmes furtivement dans le bouge, entièrement sapés de noir tels deux assassins. Mon pote entra d’abord, en émissaire, puis il me fit signe de le suivre après s’être assuré que ça ne sentait pas le roussi. À la manière de rats d’hôtel, nous nous sommes faufilés subrepticement derrière le comptoir, où nous attendaient sagement la caisse et son grisbi.

Encore peu coutumier de la maraude, j’avais les nerfs à vif et les genoux qui jouaient des castagnettes, mais je faisais le bravache pour pas passer pour une lopette. Las ! J’écrasai du panard un bastringue qui poussa un hurlement inhumain, à vous glacer le raisiné dans les veines. Il s’en fallut de peu que je ne hurlasse de concert, mais je m’écroulai sur le derche sous l’effet de l’effroi, le palpitant en capilotade et les boyaux tordus de chocottes.

J’avais en réalité écrasé la patte du greffier qui chassait les gaspards, et qui en représailles me ficha ses griffes dans le gras du cul. On y voyait que dalle, et j’entravais que pouic à ce qui se passait. Je suis pas un pétochard, pourtant je balisais sec, et je dois avouer que j’ai toujours eu les tuyauteries défectueuses. Sous le coup de l’émotion, j’ai dégobillé mon gueuleton sur la limace de mon acolyte, qui fort heureusement en avait vu d’autres. Rouge de honte sous le regard hypothétique de mon complice qui à cette heure devait sacrément me prendre pour une fillette, j’ai balbutié quelques mots d’excuse en m’essuyant la bouche du revers de la manche, tout en flippant de m’en prendre un, de revers, pour m’apprendre à dégueulasser les fringues d’autrui. Mais il se montra bon prince, et ne sembla pas m’en tenir rigueur.

Toutefois nous craignions que le glapissement du griffon n’eût éveillé les tauliers, avaient pu en profiter pour alerter la maison poulaga. Les portugaises aux aguets, nous avons tenté d’entendre s’il n’y avait pas de mouvement dans la piaule des patrons, mais les trains de marchandises qui passaient à côté nous empêchaient d’esgourder quoi que ce fût. À tout hasard, nous sommes retournés derrière le comptoir, quand une lourde a claqué à l’étage. Peut-être était-ce seulement un client qui avait quitté son page pour aller pisser avant de remettre la viande dans le torchon, mais dans le doute, on s’est fait la malle avant que les condés ne débarquassent.

Par la lanterne on a vu le cornard débarquer avec une pétoire, mais il y avait plus personne de l’autre ôté du comptoir.

On l’avait échappé belle.

On est rentrés se pieuter et, quelques temps plus tard, mon pote s’est remis avec sa greluche. Il a d’ailleurs fini par lui mettre un polichinelle dans le tiroir mais ça, c’est une autre histoire.

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