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Carnet fourre-tout d'une autrice théâtreuse

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fin

Le ciel est morcelé au dessus des escaliers.
Il ne s’allonge plus comme un chat dans la chaleur des chemins de fer.
Il n’y a plus de nuages qui se déchirent en rouge et gris.
Il n’y a plus rien quand il fait noir.
La langue sans tréma ne chuinte pas,
Et dans les parcs les bouteilles vides ne se ramassent pas.
Les parcs sont fermés.
Et personne n’y chante.
Dans les chambres étroites les fenêtres ne s’accouplent pas.
Il n’y a pas de piscine dans les boîtes libertines.
Il n’y a pas de limonade au sureau.
Il y a peu de vélos.
Il n’y a pas de place dans le métro
Ni sur les escaliers du fleuve,
Et les photomatons sont en couleurs réglementaires.
Il n’y a pas de renards dans la ville
Mais il y a de la viande.
Je ne vais plus me perdre à côté de chez moi
Dans les odeurs d’épices et de neige piétinée.
Je ne vois plus le soleil se lever en vibrant sous les basses.
Je ne vais plus là où c’est beau
Boire du maté glacé au bord de l’eau
En sachant que je pourrais tomber.
Mais je remonterai les escaliers
Et j’irai voir
Valparaiso.

Je me croyais au-dessus des nuages
Je me pensais prête à tourner la page
Et je l’ai déchirée
Sans plus la regarder.

Puis je suis repartie dans les nuages
Les yeux tournés vers le prochain orage
Et je m’y suis jetée.

Icare de pacotille, j’ai bu la coupe jusqu’à la lie
Et je m’y suis brûlé les cils

Un court instant planant entre éther et éthyle
Au milieu des étoiles dévorantes aux dents qui brillent
Ivre de gin et d’électricité je me gave du feu qui me ronge les veines

Et je sens mes entrailles exister
Putréfaction en pleine rébellion vaine
Car elles ne sortiront jamais de moi
Comme une âme prisonnière
Condamnée sans sursis à côtoyer mes vices
Ma rate, mon spleen, mes reins, mon appendice
Ma faim, ma nausée, et toute leur trivialité
Ma salive goudronneuse, mon haleine et mes larmes
Le sang régulier de l’enfant qui ne naîtra pas

Ma chair, ma peau, ma carne
Mes poils et la sueur du pauvre combat
Mes pores, mes ongles morts, ma lymphe
Mes yeux fragiles derrière mes paupières ailes de nymphe
Baissées sur la glaçante évidence macabre

Au dessus de mon corps j’ai beau me démener
Parfois m’en évader, comme je vomirais mon âme
Comme j’abandonnerais ma mue de serpent aux crabes
J’ai beau penser, crier, rêver, parfois aimer
Un peu écrire, souvent rire
Je suis un être humain qui va mourir

Et quelques nuits, quand les trains passent sous mes fenêtres endormies
J’entends encore
Le bruit des os qui craquent.

Ne me regarde pas.

Ne me regarde pas.
Ne te retourne pas.
Continue de marcher ton pas, ton regard rivé sur tes pas.
Les miens dans les tiens.
Mon souffle sur ta nuque qui agite ton crin.
Mon souffle court dans tes cheveux longs.
Mon regard dans ton dos comme un croc dans ma peau.
La pointe de mes seins contre tes omoplates.
Au travers de ta cage le tempo de ton cœur remplace celui qui a cessé de battre.
Ma cheville qui saigne, mon cœur qui ne bat plus.
Mon sexe qui palpite au rythme de ton pas.
Ne me regarde pas. Ne me regarde pas.
Devine-moi, ressens-moi derrière toi, imagine-moi, ne me regarde pas.
Ne me regarde pas, imagine-moi laide, entends-moi, comprends-moi, ne m’aime pas.
Mais tu m’as vue.
Regarde-moi.
Vois comme je suis belle sous mes cheveux saurs, la peau livide et les yeux morts, vois comme je suis belle lorsque je pleure une petite mort.
Vois-moi, qui déjà repars en arrière sur mes pas.
Salaud tu m’as tuée, de ton œil de vipère, de ton œil amoureux.
Puissent les mains de tes fans, sur lesquelles envolé tu slames, d’amour t’arracher tes atours, écorcher ta peau dorée, déchirer ton corps adoré.
Salaud qui m’as tuée, que tu viennes me retrouver.

Douce amertume

Des filtres de cigarettes éparpillés sur le rebord d’un quai
Le rayon d’un soleil finissant morcelé dans l’eau de l’étang
Des verres amoncelés fondant dans les glaçons brisés
Un goût de douceur amère dans ma bouche
que tu effleures distraitement
Dans l’herbe tu te couches
où nous avons été amants
Mais il fait froid soudain
dans mon corps sous tes mains
Le soleil est terminé
Il faut déjà rentrer.

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