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Carnet fourre-tout d'une autrice théâtreuse

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désir

Je suis

Je suis là
Je suis la rue
Je suis le ru
Je suis les rues
Je suis les bruits
Je suis la bruine dans la rue
Je suis les bruits de la rue
Je suis l’enfant des rues
Je suis l’enfant de mes parents
Je suis l’enfant que mes parents
Je suis l’enfant que mes parents ont rêvé
Je suis cet enfant de mes parents
Je suis cet enfant qui marche devant moi
Je suis cet enfant que je ne rattraperai pas
Je suis cet enfant rêvé que je ne serai jamais
J’ai rêvé d’être cet enfant rêvé
J’ai rêvé d’être cet enfant que mes parents ont rêvé
J’ai rêvé d’être l’enfant que je ne serai jamais
J’ai rêvé d’être l’enfant que je ne saurai jamais être
Je ne saurai jamais être cet enfant que je ne serai jamais
Je suis l’enfant de mes parents déjà
Je suis l’enfant de mes parents c’est déjà ça
Je suis l’enfant de mes parents déjà mais jamais je ne serai cet enfant rêvé que je suis sans le rattraper
Je suis cet enfant dans les rues
Je suis les rues de cet enfant
Je suis les rues vides de cet enfant
Je suis à la rue
Je suis à la ruine
Je suis la ruine de cet enfant
Je suis la ruine de l’enfant rêvé de mes parents
Je suis les ruines le long des rues
Je suis les ruines des rêves de mes parents
Je ruine les rêves de mes parents
Je rêve les ruines de cet enfant
Je rêve les ruines des rêves de mes parents
Je rêve l’air
Je rêve les rues
Je rêve les ruines
Je cours les rues
Je cours les rues des rêves
Je suis la rue des rêves de mes parents
Je rue
Je ruine
Je ruine les rêves
Je ruine l’air
Je rue dans les rêves de mes parents
Je rue dans les rêves et les rues
Je suis ma rue
Je suis ma rue et pas celle de mes parents
Je suis ma rue
Je suis ma ruine
Je suis, je crois
Je suis, je crie
Je crie ma ruine
Je crée ma ruine
Je crée mes rêves
Je crie ma ruée
Je crie ma rue et mes rêves
Je crée les ruines de mes rêves
Je crie mes rêves
Je suis mes rêves
Je suis mes rêves et pas ceux de mes parents
Je rêve de suivre les rêves
Je rêve de suivre mes rêves et les rêves de mes parents
Je rêve de suivre mes rêves et les rêves de mes parents ne me suivent pas
Je rêve de suivre mes rêves et les rêves de mes parents ne suivent pas mes rêves
Je rêve que je suis la ruine de mes rêves
Je rêve que je suis lent
Je rêve que je suis l’enfant rêvé
Je rêve que je suis l’enfant rêvé de mes parents
Je suis l’enfant de mes parents
Je suis enfant
Je suis laid
Je suis les ruines de cet enfant rêvé
Je suis les ruines de cet enfant-rêve
Je suis les ruines de mes rêves
Je suis mes rêves
Je suis ma ruine
Je suis ma ruine
Je suis ma ruine
Je suis ma ruine
Je suis ma ruine
Je suis ma ruine
Je suis ma ruine
Je suis. Marre.

Waves.

La mer de ta moustache flue et reflue sur ma peau.

Wave.

Recouvre et découvre mon ventre.

Wave.

Va et vient avec hâte, de ma gorge à mes yeux, le long de mes cheveux.

Wave.

Dévale en s’y noyant la chute de mes reins.

Wave.

Monte comme le désir de mes cuisses à mes joues, et la honte rose à mes joues.

Waves.

Elle effleure en douceur les secrets de mon torse glabre.

Wave.

Cylindre tronc d’arbre.

Wave.

Wave.

Enfin tu l’accompagnes de ta langue.

Wave. Wave.

Mon sexe chrysalide s’épanouit comme une rose.

Wave.

Mon corps n’est pas un temple.

Entre.

Je suis posée là, en équilibre sur mes talons hauts. Parce qu’une femme séduisante ne doit pas avoir les pieds sur terre. Je suis posée comme une évidence derrière le rideau, statue de l’attente désinvolte, mais cette attente a fini par peser sur mon corps, a fait ployer mes genoux fatigués des escarpins, a voûté mon dos cambré de coquetterie, et je me suis adossée à la tapisserie, sous les abat-jour rougeoyants qui dans mes cheveux impeccables, trop impeccablement blonds et immobiles d’héroïne hitchcockienne, reflètent une lueur un peu bordélique.

Je ne suis pas celle que vous croyez.

Seule une âme un peu déglinguée peut se cacher sous un brushing si bien rangé. Seule une sensualité débridée peut filtrer d’une coiffure aussi frigide, et mes doigts manucurés qui caressent la commissure de mes lèvres ne sont que les prémices des délices les plus perverses, parce que tout est pensé, qu’est-ce que vous croyez ?
Mes appas sont peut-être camouflés derrière du bleu nuit boutonné jusqu’au col, mais la touche écarlate qui parcourt le long de ma jambe dit bien ce qu’elle veut dire, et sait éveiller votre désir.

Elle le saurait, si vous étiez là pour la voir.

Si vous pouviez m’apercevoir, entre les deux rideaux de velours, rouge, rouge évidemment, rouge encore et toujours, comme deux lèvres entrouvertes sur la beauté de mon indifférence. Si vous pouviez associer d’un regard le velours des rideaux, l’éclairage rougeâtre des lampes de bordel, le liseré carmin le long de ma jambe, la roseur de mes joues émues et ma bouche rouge de frustration.

Et de maquillage, aussi.

Mais ça, nul besoin que vous le sachiez. Vous ne devez pas voir que tout est calculé, que je ne suis qu’un paradoxe factice de vierge et de putain conçu spécifiquement pour vos beaux yeux, écartelé entre un naturel ingénu et une sensualité artificieuse.
Que ne ferait-on pas, quand on est amoureuse.

Mais l’attente s’est prolongée. Les rires en fond sonore, qui bruissaient tout à l’heure comme un ruisseau tranquille, se sont éteints sous les applaudissements. Applaudissements qui me surprennent toujours et m’agacent, car ce spectacle est merdique, je l’ai assez vu et entendu pour en être convaincue. Et les applaudissements se cadencent militairement, se règlent sur le même pas, un rappel, deux rappel, trois rappels, une dernière salve imméritée, mais on veut pouvoir penser qu’on en a eu pour son argent, que ça valait le déplacement, et la masse encore hilare s’écoule des diverses sorties, en commentant, en récitant les répliques comiques, et les hommes en passant devant moi me regarderont, pensant en me reluquant m’adresser un hommage muet, pensant en m’admirant que ma beauté leur est destinée, ou, sinon à eux, pour les cyniques, à leur porte-monnaie, et d’aucuns me glisseront un pourboire égrillard.

Et leurs femmes peut-être m’envieront, peut-être me comprendront, celles qui sauront pour qui je me suis ainsi fardée.

New York Movie, de Hopper.
New York Movie, de Hopper.

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