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Carnet fourre-tout d'une autrice théâtreuse

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Les codes et les coins

[Pour marquer le jour de la fierté autistique, un nouvel extrait de ma pièce Les antennes et les branches]

 

Loïs, Pacôme, Zohra. Sybille entre.

PACÔME.

Salut Sybille 🙂

SYBILLE.

Bonjour.

LOÏS.

Bonjour !:)

ZOHRA.

Bonjour Sybille 

SYBILLE.

Je suis Sybille. Je suis autiste.

LOÏS.

🙂

ZOHRA.

\o/

PACÔME.

Bienvenue !

Stim.

SYBILLE.

Vous aussi, vous faites partie de la pièce ? Je n’ai jamais eu le script.

LOÏS.

Je fais un puzzle.

SYBILLE.

Tout le monde connaît son texte et je ne sais pas improviser.

LOÏS.

Je fais un puzzle dont je n’ai pas le modèle.

SYBILLE.

Je joue mal.

LOÏS.

Je fais un puzzle sans modèle mais que tout le monde connaît.

SYBILLE.

Je sonne faux.

LOÏS.

Je cherche les coins. Ce sera plus facile quand j’aurai les coins.

ZOHRA.

Moi non plus j’ai rien compris au film et pas trouvé les bords du puzzle.

LOÏS.

Même pas les bords. Rien que les coins, et je pourrai deviner le reste.

ZOHRA.

J’apprends par cœur sinon j’ai les mots en bordille qui me viennent et j’y perds les autres alors oui alors j’apprends par cœur comme un oiseau moqueur et je ne me moque pas.

LOÏS.

Je ne désespère pas de trouver.

PACÔME.

Craquer le code.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un moqueur polyglotte.

PACÔME.

Je n’ai pas cassé les codes. Je n’ai pas essayé.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos.

PACÔME.

Tout ce que j’attendais, c’est le moment où j’allais craquer le code. Le code que tout le monde utilisait. J’ai espéré.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos polyglottos.

PACÔME.

Tout le monde parlait sa langue maternelle sans accent. Personne ne m’apprenait les règles de grammaire. Tout ce que je savais, c’est qu’il fallait dire bonjour et ne pas parler la bouche pleine, et remercier pour les cadeaux même quand ça ne nous plaît pas, et ne pas mettre les coudes sur la table, et ne pas renifler mais se moucher, et ne pas couper la parole.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos leucopterus.

PACÔME.

Je disais bonjour et merci sans couper la parole et je me mouchais sans renifler ni mettre les coudes sur la table et je n’arrivais pas à craquer le code. Tout le monde le connaissait comme une langue maternelle. Tout le monde savait faire la bise, tout le monde savait s’il faut dire tu ou vous, tout le monde savait combien de temps dure une poignée de main, tout le monde savait quand on est ami, tout le monde savait discuter, tout le monde savait qu’il faut combler les blancs et comment. Tout le monde voyait que mes gestes sonnaient faux et mon accent leur brûlait les yeux comme des fautes d’orthographe.

ZOHRA.

J’apprends par cœur comme un mimus polyglottos orpheus.

PACÔME.

J’écorche les oreilles comme une faute de grammaire dont personne ne me dit la règle.

ZOHRA.

Je parle anglais, allemand, breton, catalan, castillan, hébreu, italien, japonais, mandarin, portugais, tibétain, et je ne parle pas la langue de mon pays. Je ne sais pas y être sérieuse sans faire rire, je ne sais pas y faire de blagues sans faire peur, je ne sais pas m’y épancher sans qu’on pense que je blague.

PACÔME.

J’ai tant espéré craquer le code.

LOÏS.

Je chante tout le temps, mais quand je chante ça fait peur parce que je pleure. Je ne veux pas leur faire peur alors je chante tout le temps sans le son, et je sens le spectre de mon chant danser entre mon palais et mes dents.

PACÔME.

Il n’y a pas de code à craquer. Je ne peux qu’apprendre la langue comme une langue étrangère. Peut-être que je continuerai à faire des fautes, peut-être que je garderai un accent. Peut-être que je parlerai trop bien, comme un étranger qui fait toutes les liaisons et les doubles négations.

ZOHRA.

Comme les hispanophones qui en parlant français prononcent u les ou.

PACÔME.

Je garderai toujours un accent d’étrangeté.

LOÏS.

Je pense que je pourrais y arriver si seulement j’avais un coin.

SYBILLE.

Je me souviens de vous comme d’un livre que j’ai lu enfant et que j’ai aimé et que je redécouvre

Et vous n’avez pas changé ;

ZOHRA.

🙂

PACÔME.

🙂

LOÏS.

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Traverse (extrait)

Entrent Sam et Alix, en robes de chambre, pyjama en pilou, etc., et transportant une table, sur laquelle on installe une miche de pain, des assiettes, des bols, un beurrier, une coupe de fruits de saison, etc.

SAM.
Attends, on a une carafe. On va mettre le jus d’orange dans la carafe, ce sera plus sympa.

ALIX.
Plus sympa ?

SAM.
Plus / convivial.

ALIX.
Le jus d’orange est plus sympa dans une carafe ?

SAM.
Plus convivial.

ALIX.
Du genre Bed and Breakfast commerce équitable on a pressé des oranges fraîchement cueillies ce matin ?

SAM.
Oui Alix, c’est exactement ce à quoi je pensais.

ALIX.
Génial. J’adore le jus d’orange équitable.

Sam emplit de jus la fameuse carafe. Entre Meredith, dans un grand plaid.

SAM et ALIX.
Bonjour !

MEREDITH.
Bonjour !

SAM.
Bien dormi ?

MEREDITH.
Ce calme ! C’est incroyable.

SAM.
Je t’avais dit.

MEREDITH.
Incroyable. Oh, vous avez tout préparé ! Vous êtes des amours. Il y a du thé ?

SAM.
Tu veux du jus d’orange équitable ?

MEREDITH.
Vous l’avez acheté à la ferme ? C’est génial. Je me sens déjà revivre.

ALIX.
Oui, il y a une ferme d’oranges juste à côté.

MEREDITH.
Délicieux.

ALIX.
C’est d’ailleurs la spécialité de la région, je crois.

MEREDITH.
Je vois que tu es très en forme dès le matin. Ah, ce calme !

SAM.
C’est quoi ce bruit ? Merde, le café !

Entre Andrea.

MEREDITH.
Ah, « café bouillu »…

SAM. (off)
Café foutu !

ANDREA.
Généralement on évite d’énoncer la deuxième partie d’un proverbe que tout le monde connaît, c’est d’un lourd.

SAM. (off)
Bonjour à toi aussi, Andrea !

ALIX.
Vous pouvez arrêter de hurler ? Meredith essaie de savourer le calme.

MEREDITH.
Salut Andrea, tu veux du jus d’orange bio ?

ALIX.
Il est équitable.

ANDREA.
Équitable à quel niveau ?

Entre Sascha.

ALIX.
C’est-à-dire qu’il y a autant de sucre ajouté que de pesticides. C’est équitable.

SASCHA.
Voilà qui ouvre l’appétit ! Qu’est-ce que vous nous avez préparé ?

ALIX.
Qu’est-ce que qui a préparé à qui ?

SAM.
Alors justement je voulais vous parler de ça.

ALIX.
Soyez bien aises qu’on ait sorti le beurre du frigo et mis la table.

SAM.
Je ne pensais pas que ça viendrait si tôt sur le tapis, mais / qu’est-ce que vous diriez d’un emploi du temps…

SASCHA.
Mais j’en suis bien aise, j’en suis bien aise ! Après un tel festin, j’aurai sûrement assez d’énergie pour faire toute la vaisselle.

SAM.
On pourrait faire une espèce de roue avec toutes les tâches ménagères, par exemple. Ou alors un calendrier.

Du côté opposé à l’entrée des autres, entre Morgan.

MORGAN.
J’ai acheté du pain.

SAM.
Bordel, Morgan, ça t’arrive de répondre au téléphone ?

MORGAN.
J’avais plus de batterie. Mais j’ai pris du pain. Le mec avait pas de prise dans sa caisse. Le covoitureur.

ALIX.
Tu as trouvé un covoiturage jusqu’ici ?

MORGAN.
Bien sûr que non. C’est pour ça que je suis à la bourre. J’ai bouffé la moitié, j’avais tellement la dalle. Il est super bon. Comme tu m’avais dit qu’il n’y avait pas de boulangerie au village.

SAM.
On a déjà du pain.

Sascha et Meredith se figent, l’air coupable.

SASCHA.
Euh. On n’a jamais trop de pain.

SAM.
Vous avez déjà bouffé la miche entière ?

ANDREA.
Parce qu’on est rationné·es ?

MEREDITH.
Détends-toi, Sam, on a dit qu’on irait faire le marché. En plus j’adore ça.

SAM.
Mais je n’ai rien dit. Je m’étonne, c’est tout. J’admire, même. Je ne sais pas comment vous faites pour manger autant le matin. Moi ça ne passe pas. Surtout pas aujourd’hui. Morgan, tu veux bien t’essuyer les pieds ? Je ne sais pas où tu as encore traîné.

MORGAN.
Dans les champs.

ALIX.
Ah, mais tu étais à une rave ! C’est pour ça !

ANDREA.
En tout cas tu arrives pile à l’heure pour le concert de rock normand.

MORGAN.
Sérieux ?

ALIX.
Ah bah oui, ça commence tôt par ici, et puis une tisane et au lit.

SAM.
Tu tiens à garder tes lunettes dans la maison ?

MORGAN.
C’est toi qui m’as dit qu’il y aurait du soleil.

ANDREA.
On t’a dit qu’il ne pleuvait pas en permanence sans discontinuer, contrairement à ce que tu avais l’air de redouter.

MORGAN.
Au fait, Gwenn n’est pas avec vous ?

ALIX.
Et ça ne justifie pas le reste de la tenue.

SASCHA.
Je crois que Gwenn dort encore.

MORGAN.
Encore ?

SASCHA. (sortant)
Je vais voir.

MORGAN.
Et quoi, qu’est-ce qu’elle peuvent vous foutre, mes fringues ? Je vous trouve bien rigoristes, pour des anarchistes.

MEREDITH.
Des anarchistes ?

ANDREA. (sortant)
Je viens avec toi.

MORGAN.
Des scissionnistes.

MEREDITH.
Depuis quand on est un groupe anarchiste ?

MORGAN.
Des anticapitalistes. Des altermondialistes. Peu importe. Je vous trouve bien réactionnaires, pour nos âges. Parce qu’on est à la campagne, je devrais peut-être d’un coup délaisser mes badges et mon keffieh, et m’enrouler comme vous dans un de vos plaids de vieillard ?

MEREDITH.
Je regrette mais jamais dans aucune de nos réunions il n’a été question /

MORGAN.
Je ne savais pas que c’était un mouroir qu’on venait ouvrir.

M. LELIÈVRE.
Dites, les poulots, dites pas trop de mal des gens d’âge, ça finira peut-être par vous arriver, à vous aussi.

Entre un certain nombre de vieux.

MME LELIÈVRE.
Alors c’était bien vrai, que les queniauds sont de retour ! Tu les reconnais ?
Presque pas changé ! Tu t’en souviens ?

MME DUVAL.
Bien sûr que je m’en souviens, je ne suis pas encore gaga. C’est la petite Margot.

ALIX.
Marguerite, c’est notre mère /

SAM.
Alix ! Tu te rappelles Madame Duval ?

ALIX.
Bien sûr que je me rappelle, je ne suis pas encore gaga.

SAM.
Madame Duval qui nous faisait de la bonne teurgoule.

ALIX.
Je m’en souviens très bien. Bonjour, Madame Duval ! Bonjour, Madame Lelièvre !

MORGAN.
De la teurgoule ?

ALIX.
Sam, tu te rappelles Monsieur et Madame Lelièvre ?

MME LELIÈVRE.
Allez, faites-y un boujou !

Tournée de bises, en commençant par la joue gauche, ce qui déstabilise Morgan et Meredith.

M. LELIÈVRE.
Il y avait longtemps que vous aviez pas pris de vacances, pas dis ? Qu’on vous voyait plus.

MME LELIÈVRE.
Vous devez beaucoup travalaer, ça se voit.

ALIX.
On n’est pas vraiment en vacances.

MME LELIÈVRE.
Aïe ! Le chômage, c’est pas facile de nos jours.

SAM.
C’est pas tout à fait ça…

MORGAN.
Ah bon ?

SAM.
C’est plutôt un choix.

M. LELIÈVRE.
Vous avez choisi de pas travalaer ?

SAM.
Ah si, on travaille. Mais on a choisi de vivre différemment.

MME LELIÈVRE.
Différemment de quoi ?

MEREDITH.
Puisqu’on revient là-dessus, pardon mais je tiens à rappeler que jamais au cours de toutes nos réunions il n’a été voté que nous soyons un groupe anarchiste.

MME LELIÈVRE.
Vous êtes un groupe anarchiste ?

MORGAN.
Meredith, on peut savoir ce que tu fais ?

ALIX.
Tu crois vraiment que c’est le moment ?

MEREDITH.
Pourquoi non ? Si l’on commence à se présenter aux gens du village, il faut bien savoir quoi dire.

MORGAN.
Et ta meilleure phrase d’accroche quand tu rencontres quelqu’un, c’est « Salut, on n’est pas un groupe anarchiste » ?

SAM.
Sommes-nous vraiment obligé·es de nous étiqueter ?

SASCHA.
Les mots sont importants. On en a besoin pour se définir.

SAM.
Mais on a déjà parlé de ça tant de fois.

ANDREA.
On n’est jamais tombé·es d’accord.

MORGAN.
Mais si. Nous sommes contre les hiérarchies, n’est-ce pas ?

Entrée de Gwenn, que personne ne remarque à l’exception des vieilles et du vieux.

GWENN.
Qu’est-ce que j’ai bien dormi ! Il y avait des années que je n’avais pas fait de grasse matinée.

MEREDITH.
Et ça suffit à faire de nous des anarchistes ?

SASCHA.
Moi, je me définis surtout comme bibliothécaire.

GWENN.
D’habitude, c’est le passage du métro qui me réveille.

SASCHA.
Comment organiser une communauté autogérée sans se revendiquer de l’anarchisme ?

GWENN.
Bonjour ! Moi c’est Gwenn. Je peux vous renseigner ?

MME LELIÈVRE.
On venait seulement dire bonjour aux poulots.

MEREDITH.
Si nous nous définissons comme anarchistes on va penser que nous sommes ici pour foutre la merde.

SASCHA.
Qui ça ?

GWENN.
Vous voulez un café ?

SAM.
Parce que tu crois que le village n’est peuplé que de bouseux persuadés que tous les anarchistes prônent l’insurrection ?

M. LELIÈVRE.
On veut pas déranger.

MME DUVAL.
Oh oui un café, c’est une idée.

MORGAN.
Alors maintenant on ne prône plus l’insurrection ?

MME LELIÈVRE.
Non mais on va vous laisser.

MEREDITH.
On peut aussi installer une grande pancarte « Boulangerie insurrectionnelle et bazar anarchiste », on devrait très rapidement s’intégrer au village.

MORGAN.
Et bibliothèque, aussi.

GWENN.
Les enfants, il reste du café ?

ANDREA.
Mais qui veut s’intégrer ? Tu veux t’intégrer ?

SASCHA.
Tu ne veux pas t’intégrer ?

MEREDITH.
Sans un minimum de clientèle, on ne tiendra pas longtemps.

Gwenn déniche un reste de café et le sert aux vieux.

ANDREA.
On n’a encore rien à vendre, ça peut attendre.

MORGAN.
Il y a la bibliothèque.

ANDREA.
Elle est gratuite.

SASCHA.
Ce n’est pas la question !

MME LELIÈVRE.
Tu es un ange. On ne voulait pas déranger.

SAM.
Et « libertaires » ?

ANDREA.
On en a déjà parlé. Morgan redoute une confusion entre libertarisme et libertarianisme.

MORGAN.
Et tu étais d’accord avec moi/

ANDREA.
Et j’étais d’accord avec toi.

M. LELIÈVRE.
On n’a rien contre les anarchistes. On ne pensait pas déclencher tout ça.

ALIX.
“Libertaires de gauche”, alors ?

MEREDITH.
Surtout pas, on nous prendrait pour des socialistes.

GWENN.
Ne vous en faites pas, mes camarades aiment beaucoup débattre et ne laisse jamais passer une occasion de le faire. De l’extérieur on pourrait croire qu’on s’engueule, mais c’est rarement le cas.

SASCHA.
“Acratistes ?”

ALIX.
Quelle merveilleuse idée.

SASCHA.
Merci.

ALIX.
Allons vite accrocher un panneau « Boulangerie, bibliothèque et bazar acratistes », j’entends déjà la clientèle accourir ventre à terre.

SASCHA.
Il faudrait peut-être arrêter de penser en terme d’image de marque.

M. LELIÈVRE.
Et euhhh… Donc euh… Qu’est-ce que ?

ALIX.
Tu as raison.

MME LELIÈVRE.
Qu’est-ce que vous…

M. LELIÈVRE.
Qu’est-ce que vous faites ?

GWENN.
Dans un premier temps, on va apprendre à faire du pain.

MME DUVAL.
Commencez donc par apprendre à faire le café.

MME LELIÈVRE.
Du pain !

M. LELIÈVRE.
Comme c’est intéressant !

MORGAN.
Et il faudrait déjà songer à organiser notre communauté avant de nous ouvrir.

MME LELIÈVRE.
Il n’y a pas de boulangerie au village.

GWENN.
C’est ce que nous on dit Alix et Sam. (Alix et Sam se retournent, tout le monde prend peu à peu conscience de la présence de Gwenn.) Dans l’idéal, on aimerait cultiver nos propres céréales. Et nos légumes. Être autonomes sur le plan alimentaire. On pense qu’il faut en passer par un changement personnel avant de pouvoir changer le monde. Pour nous, ça implique d’être autonomes. Et comment être autonomes si l’on est incapables de se nourrir soi-même ?

MORGAN.
Hé, salut Gwenn, t’es réveillé·e ?

MME DUVAL.
J’ai rarement bu un café aussi infect.

M. LELIÈVRE.
Les poulots, on va vous laisser. Cette maison c’est votre héritage. Vous en faites bien ce que vous voulez.

MME LELIÈVRE.
C’est pareil pour la terre ; maintenant c’est à vous de construire le monde que vous voulez ; nous on est plus les acteurs ; on n’est plus que les figurants ;

Sortie des vieux.
Silence.

SAM.
Alors, « Boulangerie, bibliothèque et bazar autonomes », ça vous va ?

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