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Carnet fourre-tout d'une autrice théâtreuse

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Icare de pacotille, j’ai bu la coupe jusqu’à la lie
Et je m’y suis brûlé les cils

Un court instant planant entre éther et éthyle
Au milieu des étoiles dévorantes aux dents qui brillent
Ivre de gin et d’électricité je me gave du feu qui me ronge les veines

Et je sens mes entrailles exister
Putréfaction en pleine rébellion vaine
Car elles ne sortiront jamais de moi
Comme une âme prisonnière
Condamnée sans sursis à côtoyer mes vices
Ma rate, mon spleen, mes reins, mon appendice
Ma faim, ma nausée, et toute leur trivialité
Ma salive goudronneuse, mon haleine et mes larmes
Le sang régulier de l’enfant qui ne naîtra pas

Ma chair, ma peau, ma carne
Mes poils et la sueur du pauvre combat
Mes pores, mes ongles morts, ma lymphe
Mes yeux fragiles derrière mes paupières ailes de nymphe
Baissées sur la glaçante évidence macabre

Au dessus de mon corps j’ai beau me démener
Parfois m’en évader, comme je vomirais mon âme
Comme j’abandonnerais ma mue de serpent aux crabes
J’ai beau penser, crier, rêver, parfois aimer
Un peu écrire, souvent rire
Je suis un être humain qui va mourir

Et quelques nuits, quand les trains passent sous mes fenêtres endormies
J’entends encore
Le bruit des os qui craquent.

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Cataclysme ?

Rose est le crépuscule.
Hélas, il est déjà trop tard. Et le bateau chante plus fort qu’aucun homme
et sanglote à petit feu en murmurant des choses étranges.
C’est lui le premier à avoir pensé qu’il serait condamné à dormir,
dormir enfin, et puis oublier le monde.
En attendant il vogue, comme une bouteille égarée,
dans le ventre un message effacé.
L’absence de vent fait peur, une tempête pourrait être en préparation.
Il sombre un peu, parfois,
tandis que les moustiques zézaient dans l’air humide du soleil couchant.
Espace magnétique chambardé, la boussole s’affole.
Impossible de savoir où l’on est, les passagers du superbe se sont écartés.
Et puis ils vont se soûler, en riant très fort, pour ne plus frissonner.

Écrit à quatre mains avec Stig Pham Huu Tri

SIRÈNE. Acte I

Lui.
Je voulais vous remercier. Enfin vous féliciter.

(Elle range son matos sans lui prêter attention.)

J’ai été très touché. Enfin bouleversé. Donc je voulais. Voilà.

Elle.
De rien.

Lui.
Bravo. Vraiment.
Je peux peut-être

Elle.
C’est si gentiment proposé. Tenez-moi ça.

Lui.
vous offrir un verre. Enfin quand vous aurez fini.
Oui bien sûr je le mets où ?

Elle.

Dans ma voiture. Attendez-moi.

Lui.
Je vous commande un verre ? Qu’est-ce que vous prenez ?

Elle.
Diplomatico.
Un grand.

Lui.
Oh.

Elle.
Deux rappels ce soir, je l’ai bien mérité.

Lui.
Évidemment. Je veux dire, bien sûr. Ça fait longtemps ?
Un Di, non, deux Diplomatico, s’il vous plaît.
Ça fait longtemps que vous faites ça ?
Oui, deux grands.

Elle.
Depuis toujours.

Lui.
Bien sûr. Ça se voit. Ça s’entend.

Elle.
Et vous ?

Lui.
Moi ?

Elle.
Vous faites quelque chose ?

Lui.
Ce soir ? Ou dans la vie ?

Elle.
Dans la vie. Ce soir vous prenez un verre avec moi.

Lui.
Autant que vous voudrez.
À la vôtre. À ce magnifique concert.

Elle.
Voilà. À mon concert.

Lui.
Moi j’ai fait de la musique quand j’étais plus jeune, je continue mais. Enfin. J’ai un autre métier. C’est pas

Elle.
C’est pas facile.

Lui.
C’est pas pareil. Je suis orthophoniste. Vous me direz

Elle.
Ça reste dans le domaine du son.

Lui.
Oui. D’ailleurs je me sers de la musique parfois. Ça peut débloquer. Des trucs.
J’étais pas mauvais mais. Il me manquait quelque chose.
La niaque. Je crois.
Vous vous avez l’air de l’avoir. La niaque.
Pardon, je ne veux pas dire !
Enfin, je ne dis pas ça parce que.

Elle.
Pardon ?

Lui.
Non excusez-moi ça pourrait être mal interprété mais. Un double sens malheureux.

Elle.
Pas de mal, j’en ai vu d’autres.
Et j’ai la niaque, oui, on peut dire ça.

Lui.
Vous en voulez un autre ?

Elle.
Je n’ai pas

Lui.
Vous n’avez pas fini, pardon. Je ne bois pas tant d’habitude. D’ailleurs je n’aime pas le rhum d’habitude. Je n’ai jamais aimé ça. Mais celui-là. Celui-là

Elle.
Oui, hein.

Lui.
Oui.

Elle.
Vous êtes troublé ?

Lui.
Vous êtes seule ? Pardon, je ne voulais pas, je veux dire, vous êtes toujours seule ou vous faites partie d’un groupe ?

Elle.
Je suis du genre louve solitaire. Tu vois.

Lui.
Ah, vous étiez prédestinée, alors. Pardon, on doit vous la faire souvent. Enfin, Lou, c’est votre vrai nom, ou ?

Elle.
C’est mon vrai nom de scène.

Lui.
Ah ! Pardonnez-moi, on doit souvent vous le demander.
Vous connaissez les poèmes à Lou d’Apollinaire ?

Elle.
Oui.

Lui.
Bien sûr, oui. C’était. Je suis. Enfin.

Elle.
On les a même mis en musique spécialement pour moi, un jour.

Lui.
Vraiment ? Qui ? On peut entendre ?

Elle.
Je n’aime plus tellement les jouer depuis qu’on n’est plus ensemble.

Lui.
Oh pardon.

Elle.
Pour toi je ferai peut-être une exception.

Lui.
Je ne voudrais pas

Elle.
C’est du passé.

Lui.
de mauvais souvenirs

Elle.
Au contraire. De très bons souvenirs.

Lui.
Ah.

Elle.
Oui. Tu veux boire autre chose ? C’est mon tour.

Lui.
La même.

Elle.
Tu peux boire autre chose que moi tu sais. Surtout si tu n’aimes pas le rhum.

Lui.
Ah non mais celui-là c’est autre chose. Ou alors c’est votre musique, je ne sais pas. Ou votre présence.

Elle.
Tu nous remets deux Diplomatico, s’il te plaît ?

Lui.
C’est pour moi.

Elle.
J’ai dit que je t’invitais.

Lui.
J’insiste.

Elle.
Fais pas chier.

Lui.
D’accord.

Elle.
T’en fais pas, les soirs où je joue j’ai un pourcentage sur les consos !

Lui.
Dans ce cas !

Elle.
À la nôtre.

Lui.
À la nôtre.

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