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Carnet fourre-tout d'une autrice théâtreuse

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Monologue

Étape

Un restaurant routier. La patronne est seule.

LA PATRONNE. (Une main dans le dos, elle essaie de défaire le nœud de son tablier, s’agace dessus) – Tu as encore fait un double-nœud. Tu as passé l’âge de ce genre de farces. Tu le sais bien, que j’aime pouvoir dénouer mon tablier d’une main. Je tire sur un cordon et le nœud cède, et alors mon corps délivré redevient le mien, il n’est plus cet uniforme de tenancière qui me porte tous les jours, dimanches et jours fériés, jusqu’à l’heure de la fermeture. C’est presque l’heure. Je vais pouvoir te parler. Parfois il reste encore quelques habitués, mais ils se font rares, ils perdent le chemin au fil du temps. Certains préfèrent maintenant attraper eux-mêmes leur casse-croûte en libre-service ou avaler un sandwich dans leur cabine pour perdre moins de temps. Leurs cafés sont à emporter, leurs cigarettes expédiées sur un bout de parking. Pourtant quelques-uns continuent de s’arrêter ici au milieu de leur route, qui ont encore envie de parler, encore envie de manger, parfois envie de me revoir. Ils t’ont connue toute gamine, grandir entre les tables ou rendre la monnaie, ils s’étonnent de ne plus te voir. Car tu n’es pas là. Alors moi aussi je m’étonne : tu devrais déjà être rentrée. Tu le sais bien, que je n’aime pas que tu traînes trop tard au bord de la route, qui sait ce qui pourrait t’arriver. Mais tu n’en as toujours fait qu’à ta tête, tête de mule, tête brûlée, il faut bien que jeunesse se passe, et ils n’insistent pas. Tu as dû partir en exploration urbaine, comme vous appelez ça, ou tu as sauté à l’arrière d’une moto comme je te l’ai interdit. Qui sait où tu es maintenant ? Les voyages forment la jeunesse, et il faut bien que jeunesse se passe.

Mais il commence à se faire tard. Tu sais ce que vont encore dire les gens ? Ils vont encore dire que c’est un père qu’il t’aurait fallu, que c’est un père qu’il te faut. C’est ça que tu veux ? Les gens vont encore dire que tu n’en fais qu’à ta tête brûlée parce que tu manques d’une figure paternelle pour mettre de l’ordre dans tout ça. Mais toi tu t’en ris, ça t’est égal, à toi, ce que disent les gens, tu traverses la vie avec la grâce d’un sac plastique blanc emporté par le vent. Et tu as autant de cervelle. Je te l’ai déjà dit, de ne pas traîner près des voies le soir, mais tu n’en fais qu’à ta tête de mule écervelée. Tu ne viendras pas te plaindre s’il t’arrive des bricoles.

Elle ramasse les derniers verres sur les tables.

Tu as vu l’heure ? (Avec un coup d’œil à l’horloge murale.) Et tu n’as toujours pas réparé l’horloge. Tu avais dit que tu t’en occuperais. C’est de ta faute si nos clients se mettent en retard à boire un dernier verre ou un troisième café. Je devrais être contente, ça en fait plus dans le tiroir-caisse ? Ma petite, ici on ne pousse pas à la consommation.

Merde à la fin ! Je suis ta mère, tu dois m’obéir. Même si je ne suis pas une bonne figure paternelle. J’ai de l’autorité, je le sais, tout le monde le dit. Même les touristes égarés s’appliquent à me parler français. Les motards qui s’arrêtent ici boire un café n’oseraient jamais oublier de me dire s’il vous plaît. Et quand j’ai décidé de fermer, le plus poivre des ivrognes courbe l’échine sans réclamer de dernier verre. J’ai de l’autorité, tout le monde le sait. Il en faut bien, pour tenir un restaurant routier, il en faut bien pour tenir tête à la route. Mais toi tête brûlée, il t’en faudrait bien plus pour t’arrêter, il t’en faudrait bien plus pour m’écouter. Et tu files comme un convoi de Hell’s Angels sur l’autoroute.

Dommage pour toi.

Elle sort un plat de tiramisu du réfrigérateur.

Personne n’a pris de dessert aujourd’hui. Seulement quelques cafés gourmands, et des sorbets pour les enfants. Ils s’imaginent qu’avec cette chaleur, un tiramisu ne passerait pas. Ils ont peur de somnoler au volant. Ils ne savent pas l’italien et ne comprennent pas que mon tiramisu est fait pour redonner des forces. (Elle l’attaque à la petite cuillère, directement dans le plat.) Si tu ne tardes pas trop, il t’en restera peut-être un peu. Mais tu devrais te dépêcher. J’ai très faim. Je vais tout manger. (Elle repose la cuillère.) Je te laisse une dernière chance.

Elle sort puis revient avec des cendriers dans les mains.

Attention, j’arrive.

Elle regarde autour d’elle. Silence. Elle se dirige vers le jukebox, passe « It’s a beautiful day » de Queen, puis reprend la cuillère et mange le tiramisu en silence dans la musique.

Il commence à se faire vraiment tard. Il commence à être vraiment temps que tu rentres. Tu ne crois pas que tu as passé l’âge de me faire un sang d’encre ? Dépêche- toi, j’ai presque fini. Ça va me redonner des forces, c’est fait pour ça. Tiramisù, tire-moi vers le haut. Toi tu n’en as pas besoin. Tu es plus forte que les fleurs qui réussissent à percer le béton de la route.

Elle repose la cuillère, souffle un peu. Elle a trop mangé. Elle fait un café.

Ça va me faire digérer. Ici tout le monde boit du café, le matin pour se réveiller, le midi pour digérer, le soir pour digérer encore et se réveiller encore avant de reprendre le volant. Tout le monde a la langue jaune, l’haleine empâtée, les paupières qui clignotent. Toi, tu ne bois jamais de café. Tu es bien réveillée et tu ne veux rien digérer. Tu pourrais manger le monde, il te faudrait des sirops de lumière, des smoothies de soleil, des limonades d’étoiles, des diabolos-galaxie. Tu n’en peux plus de servir des cafés. Tu te souviens quand tu apprenais à compter en rendant la monnaie ? Tu as appris à lire sur le menu du jour.

Elle boit son café.

Tu voudrais manger le monde, toi qui as appris la géographie sur les plaques d’immatriculation. Tu n’en peux plus des voitures qui disparaissent à l’horizon après avoir rechargé leurs batteries. Tout le monde s’arrête ici pour se poser. On s’arrête cinq minutes, dix minutes, une heure ou deux. On se pose devant un café, on se pose devant le plat du jour, on se pose sur la lunette des toilettes, on se pose sur la terrasse avec une cigarette. Toi, tu ne tiens pas en place. Je te revois tituber sur tes petites jambes entre les tables du restaurant. Tu lâchais déjà ma main pour te cramponner aux pieds des tabourets du bar. Et depuis que tu sais marcher, tu cours. Tu files. Je ne te tiens plus. Je ne sais jamais où tu es. Je ne sais pas où tu es. Tu devrais déjà être rentrée. Tant pis pour toi, tu ne sais pas ce que tu perds. (Elle reprend une cuillerée de tiramisu.) Il fallait rentrer à l’heure. Quelle heure est-il ? Je ne sais pas ce que j’ai fait de ta montre. Je sais que tu m’as dit qu’elle était waterproof, je sais que tu me l’as achetée pour ça, mais je préfère en prendre soin, alors je l’enlève toujours pour faire la vaisselle, et puis je ne sais pas où je la mets.

Elle vide les cendriers.

Je ne sais plus où elle est passée. Il y a longtemps que je ne l’ai pas vue.

Elle a envie d’une cigarette.

Elle devrait déjà être là. Elle sait bien que ça m’inquiète, mais elle n’en fait toujours qu’à sa tête. Je ne suis pas une mère poule, mais elle sait bien que ça m’inquiète. Je la laisse vivre, mais elle le sait bien, que ça m’inquiète. Ce n’est pas elle qui m’inquiète, c’est tout le reste. Je le sais bien qu’elle pourrait faire du skate sur l’autoroute, faire du vélo sur le toit de l’hôtel Mercure, je le sais bien qu’elle serait capable de s’envoler sur Mercure. Ce n’est pas elle qui m’inquiète, c’est le reste, tous ceux qui m’inquiètent, tous ceux qui prétendent que c’est un père qu’il lui faudrait, que c’est une figure d’autorité qu’il lui faudrait, comme si je n’avais pas d’autorité, comme si elle avait besoin d’un père ! D’ailleurs elle n’a pas non plus besoin 
de moi. Elle n’a besoin de rien : elle pourrait manger le monde. Elle n’a pas besoin de moi, je ne fais que l’entraver. C’est moi qui la retiens ici. Sans moi elle serait une véritable exploratrice, pas une exploratrice d’usines désaffectées. Sans moi elle pourrait faire le tour du monde sans avoir à rêvasser sur les plaques d’immatriculation ou les guides touristiques oubliés par les clients. Où est-ce qu’on irait ? Où est-ce que moi j’irais ? Ma fille a appris à marcher entre ces tables. Elle a dessiné dessus au cutter quand j’avais le dos tourné. Elle a appris la musique sur le jukebox. (Elle touche le bord du bar.) Et c’est ici que je la mesurais.

Il y a une marque par an. Elle avait neuf ans quand elle a dépassé le bar. Où est-ce que j’irais ? Pour aller au travail je n’ai pas à aller loin, j’habite juste à côté. Tous les jours je me lève, dimanches et jours fériés, je me fais du café, un seul, ma fille ne boit pas de café. Je bois mon café seule, ma fille n’est pas là, je ne sais pas où elle est. Alors je vais travailler.

Pour voir ma fille je n’ai pas à aller loin, elle est là, dans le bois des tables griffé de ses dessins, elle est dans les entailles qui ponctuent l’arête de mon bar, elle est dans le menu du jour qu’elle avait écrit à la craie. Où est-ce que j’irais ? Alors j’ouvre le bar, et c’est le moment où je peux penser à autre chose. Je dois dire bonjour aux clients, saluer les habitués, prendre les commandes, je dois encaisser, je dois réciter le menu parce que la craie commence à s’effacer. Je dois encaisser. Il y a des habitués dont je n’ai pas besoin de m’occuper. Ils ont leurs fantômes avec qui parler. Eux aussi sont des fantômes qui ne savent pas s’en aller. Parfois un vieil habitué qui n’est pas venu depuis longtemps me demande des nouvelles de ma fille, mais elle n’est pas là, qui sait où elle est encore passée, et il n’insiste pas. Les autres, les routiers, les motards, lui écrasent le pied, le poussent du coude. Ils s’installent à une table pour chuchoter, et quand je viens prendre leur commande ils changent de sujet. Et leurs yeux me regardent avec pitié.

Elle passe « The show must go on », vide les cendriers, passe l’éponge sur les tables.

S’ils savaient comme ils me font rire, avec leur pitié, qui n’ose plus me demander comment je vais, qui n’ose plus faire de blagues salaces devant moi, qui n’ose plus parler de leurs enfants sous mon toit. Mais moi je continue à rire, je continue à travailler, parce qu’il faut bien continuer, qu’est-ce que je pourrais bien faire d’autre ? Mes hanches entre les tables se déplacent de la même façon que du temps où on m’appelait fille-mère. Mes formes sont toujours les mêmes. Depuis que ma fille n’est plus là, je n’ai plus de hanches. Je n’ai plus de forme. Depuis que je ne suis plus mère, je ne suis plus une femme. Je ne suis ni veuve ni orpheline. On dit qu’il n’y a pas de mot pour dire ce que je suis. Pourtant je suis encore une femme. Mais pour tous ceux qui ont connu ma fille, je ne suis plus qu’une créature amputée.

Je ne suis plus qu’une plaie. Je devrais partir, mais où est-ce que j’irais ?

Elle range les chaises à l’envers sur les tables.

Il y a des bruits. On dit que cette portion de l’autoroute va être désaffectée. C’est ma fille qui serait contente. Mais moi, où est-ce que j’irais ? Je pourrais en profiter pour voyager, comme ma fille le voudrait, comme ma fille en rêvait. Je pourrais faire le tour du monde pour ma fille qui aurait voulu le manger. Je pourrais aller dans l’espace pour ma fille qui n’est jamais allée plus haut que le toit de l’hôtel Mercure. Je pourrais l’emmener ailleurs pour qu’elle puisse se disperser aux quatre coins du monde. Comme elle en rêvait. Il faut que je ferme. Il est tard. Je ne sais pas quelle heure il est, mais j’aurais déjà dû fermer.

Elle passe « We are the champions ». Ce faisant, elle lave la tasse à café, le plat à gâteau, les cendriers, les rince, les essuie puis les range.

Je vais me coucher.

Elle se dirige vers la porte.

Tu éteindras quand ce sera fini ?

Un temps. Elle revient, éteint elle-même la lumière et sort en fermant à double tour derrière elle. Le jukebox finit de jouer seul.

Souffle

Lumière de matin incolore.

Comme un coassement :

Tu es déjà levée ?

Toussotement.

Tu es déjà levée ?

Ton oreiller est déjà frais. Je pourrais te le piquer pour y repiquer du nez. Mais toi déjà levée, pas normal. On pourrait presque s’en inquiéter.

Tu prends ta douche ? Tu prends ta douche et tu ne m’entends pas te parler.

Mais je n’entends pas la douche.

Tu prépares le petit-déjeuner ? Je ne sens pas le pain grillé ni n’entends la cafetière gargouiller. Et tu m’entendrais si tu étais dans la cuisine.
Tu fais pipi ? Mais tu m’entendrais des toilettes. Notre appartement n’est pas si grand.

Tu es sortie acheter des croissants !

Mais non. Il pleut. Dommage. Mais si. Il faisait beau quand tu t’es réveillée, un rayon de soleil qui t’a chatouillé les paupières, et alors, ou bien tu as eu une de tes insomnies, la nuit entière passée à scribouiller des notes sur tes portées, et alors quand le soleil s’est déjà levé, tu n’as pas voulu te coucher, tu as préféré me réveiller avec l’odeur des croissants frais. Et peut-être qu’en passant devant une terrasse de café tu as voulu t’y poser un peu fatiguée. Et puis la pluie. C’est ça voilà c’est ça. Alors la pluie a tout gâché.

Décroche, s’il te plaît. Je sais bien que tu n’es pas là, sinon je ne t’appellerais pas.

Avec ton premier café, ou peut-être un thé, pour changer, tu fumes cigarette et puis cigarette, tu te fabriques une voix à la Jeanne Moreau, tu fumes en rêvassant, en regardant la pluie goutter de l’auvent de la terrasse, de l’auvent ou du hauvent ? De l’auvent, et le rythme des gouttes t’inspire une chanson, alors tu l’écris, plongée dans tes pensées tu n’entends pas mes appels, ou le bruit de la rue les couvre, tu n’entends pas tous mes appels, ou tu t’en fous.

Tu t’en fous de moi, sinon tu aurais laissé un mot.

Mais tu pensais rentrer avant mon réveil, et maintenant que la surprise est gâchée par la pluie, tu préfères manger les croissants toute seule en terrasse, en écrivant une chanson, ou en fumant et en rêvassant. Peut-être en rêvassant à moi. Peut-être que tu rêvasses tellement de moi que tu n’entends pas mes appels. Ce serait drôle. C’est comme ça la vie. On s’est suicidé pour moins que ça. Roméo et Juliette.

Décroche, putain. Décroche, je t’en prie. Pyrame et Thisbé. Je déconne, je ne vais pas me suicider. Peut-être que tu m’as laissé un mot, si ça se trouve. À un endroit stratégique. Il va tomber du pot de café quand je voudrai me réveiller. Ou alors scotché au couvercle des toilettes quand je voudrai pisser. Ce serait drôle. Ce serait bien de toi. Non, dommage. Sur le miroir de la salle de bain, au rouge à lèvres. Non, ça c’est pas toi. Dans la douche. Dans la poche de ma veste. Dans la poche de mon pantalon. Dans mes chaussures. Dans le tiroir à sous-vêtements, au milieu des culottes. Dommage. Dans l’évier. Dans la poubelle. Sur ton bureau, bien sûr, la lettre volée, au milieu de tes partoches. Non. Dommage.

Putain, décroche ! Décroche, putain.

Je vais finir par m’inquiéter. Tes affaires sont toujours là. Enfin, je ne sais pas si elles y sont toutes. Peut-être que tu as fait un tout petit bagage, pour t’enfuir discrètement. Mais fuir quoi ? On ne s’est pas disputées. Peut-être que tu t’ennuyais. Tu as encore fait une insomnie. Tu as passé la nuit à errer dans l’appartement. En fumant tu m’as regardée endormie, et tu m’as trouvée moins belle qu’avant. Ou alors tu ne m’as pas regardée endormie, tu t’es rendu compte que tu n’aimais plus me regarder dormir. Et tu es partie.

Ou alors tu avais un rendez-vous cette nuit. Tu savais que tu ne risquais pas de me réveiller, moi la balourde au sommeil aussi lourd que mon amour. Tu es partie passer la nuit dans les bras d’une autre, ou d’un autre. Ou de plein d’autres. Tu pensais rentrer sagement à l’aube mais ton corps épuisé s’est endormi de plaisir. Ahhh ! Je ne voulais pas frissonner de dégoût. Je n’ai pas fait exprès. De toute façon tu t’en fous. Tu n’es pas là pour le voir. Tu n’es pas là. Décroche s’il te plaît.

Peut-être que tu regrettes et que tu n’oses pas rentrer. Tu sais que je te devine. Tu sais que je te sais. Peut-être que tu as peur de me dégoûter. Mais je m’en fous des autres, mon amour. Je m’en fous presque. Si tu regrettes et que tu rentres maintenant, je te pardonne.

Je compte jusqu’à trois.

Un.

Deux.

Je te laisse encore un quart d’heure.
Je t’aime trop, je pourrais te pardonner n’importe quoi. Mais reviens. Tu vas revenir avec l’odeur d’un autre sexe sur toi. Je le sentirai et je ne dirai rien. Tu prendras ta douche et tu redeviendras comme avant. Et je te prendrai dans mes bras, et il n’y aura que toi et moi. Et l’empreinte de ses mains sur tes seins. Ton beau corps souillé par ses baisers. Baisée. Mais reviens. Je te laisse encore une heure pour rentrer. Après je serai intraitable. Reviens. Décroche s’il te plaît. Je sais que tu n’es pas là, bordel, c’est bien là le problème. Non je ne veux pas te laisser de message. C’est toi qui aurais dû me laisser un message. Si tu tenais à moi. Si tu tenais un tout petit peu à moi.

Je vais faire semblant d’être dans un film et aller pleurer sur le lit. Si tu devais rentrer je n’ai pas envie d’être en train de chialer sur le siège des toilettes ou de baver des larmes sur le carrelage de la cuisine. Je vais mettre ma belle robe de chambre en velours et m’allonger sur le lit avec quelques larmes très dignes. Je ne sais pas pourquoi c’est toujours sur un lit qu’on est censé chialer. Les ravages de Disney. Je vais d’abord me passer de l’eau sur le visage. Parce que je ne suis déjà plus très digne. Si tu devais rentrer maintenant tu aurais envie de repartir immédiatement. Qu’est-ce que je raconte, si tu devais rentrer, tu vas rentrer.

Maintenant.

Je compte jusqu’à trois.

Un.

Non, j’ai dit que je te laissais encore une heure. Un peu moins maintenant. Qu’est-ce que je vais faire en attendant ? Je ne vais pas pleurer sur le lit pendant une heure. Tu vas rentrer et je serai une momie desséchée. Je serai une chips. Ou noyée dans un lac d’eau salée. Sur le lit. Dans ma belle robe de chambre en velours. C’est déjà ça.

J’ai faim. Mais si tu rentres pendant que je bouffe des tartines tu vas penser que je ne me suis pas inquiétée. Tu vas penser que je m’en fous, que peut-être je t’aime un peu moins qu’avant, un peu moins passionnément. Tu vas penser que tu peux faire ça souvent. M’abandonner avant le lever, et puis me retrouver en train de me bâfrer sans pleurer. Tu vas penser que je n’ai pas besoin d’explications. Tu vas penser que tu peux t’en tirer comme ça. Ou tu croiras que je ne t’aime plus et tu seras blessée. Et tu vas me quitter. Mais non tu n’es pas comme ça. Tu n’es pas de celles qui ont besoin d’être possédées pour se sentir aimées. Tu es tellement mal tombée sur moi, mon pauvre amour.

Qu’est-ce qu’il vaut mieux, que tu me retrouves en train de manger du pain grillé mouillé de larmes, ou que tu me retrouves très digne sur le lit en train de gargouiller ? Je vais prendre de quoi manger dans la chambre. Si j’entends la porte s’ouvre, non, quand j’entendrai la porte s’ouvrir, j’aurai le temps de cacher l’assiette sous le lit. Et puis de m’y jeter avec mes beaux cheveux épars sur les épaules découvertes par le velours de la robe de chambre, les lèvres gonflées de chagrin mais pas les yeux, pas trop, il ne faut pas que tu me méprises. Il faut juste que tu te sentes coupable.

Qu’est-ce que je raconte. Quelle horreur. Je me fais horreur. Je te ferais horreur aussi si tu m’entendais. Heureusement que tu n’as pas décroché. Qu’est-ce que je raconte. Décroche. Décroche, s’il te plaît.

Je ne fais pas semblant. Je te jure. Je me vautre vraiment dans les larmes et l’angoisse, et la morve, et j’en fous partout sur le lit parce que je m’en fous de ce lit si je ne le partage plus avec toi.

Salope.
Je t’aime, s… salope. J… je t’aime, j… Je.

Elle prend la carafe d’eau, s’en sert précautionneusement un verre, puis se le vide sur la tête. La carafe explose sur le mur.
Noir.
Fracas.
Silence.

C’est quoi ça ?

Lumière. Elle tient une lettre à la main. L’attendue entre. La pièce est totalement détruite.

Il était là.

Quelle cruche.

Quelle cruche je fais, même pas regardé sous l’oreiller.

Pardon mon amour. Merci mon amour. Pardon d’avoir douté.

Long silence. Noir.
On entend la porte se refermer.

La ville des chiens et la ville des poissons au nez fin

Ils sont derrière la porte. Je le sais à l’odeur de brasier de leurs torches, je le sais à l’odeur de métal des chiens égorgés. Je ne les entends pas. Mon sang cogne trop fort contre mes tempes. Ils sont là et réclament vengeance. Vengeance contre toi qui n’as pourtant rien fait. Vengeance contre toi qui à cet instant presses encore ton corps chaud contre le mien pour me réconforter. Ta tête dans mon cou, ta joue contre ma joue. Comme tu l’as toujours fait. Mais ce soir je sais que c’est à moi de te protéger. Je sais que je suis seule à pouvoir te sauver. Mais je sais aussi que je suis seule et désarmée face à ces barbares. Je suis trop petite. Ils sont trop fous.
Le ruban glisse de mes cheveux tandis que je te berce comme un enfant.
Le ruban glisse autour de ton cou et tu ne bouges pas.
Le ruban se resserre autour de ton cou et la porte de la maison vole en éclats.
Tu gémis une dernière fois. Très doucement. Tu ne te plains pas. Tu veux juste me rassurer une dernière fois : ça va aller, ils ne m’auront pas.
Ils ne t’auront pas. Ils ne t’auront pas.
Ils ne t’ont pas eu.

Je ferme tes yeux d’or quand ils nous trouvent cachés sous la table. Tu es encore chaud quand ils s’emparent de toi. Mes doigts s’agrippent à ta fourrure. Toute ma vie cette fourrure m’a réchauffée. Au réveil le matin, mon premier contact avec le monde. Et tous les soirs je me laissais aller au sommeil seulement en sentant ta tiédeur contre ma peau nue. Et ce soir tu n’es plus, et on veut t’enlever à moi.

Ils n’ont pas eu ta mort, ils n’auront pas ton corps. Et je m’accroche à toi. Je me cramponne à toi. Mais je suis trop petite. Je suis trop petite et on t’enlève à moi. Ils t’enlèvent à moi, ces immondes adorateurs de poissons. Ils t’arrachent à mes bras, ces sales mangeurs de chiens. Et je hurle comme je n’ai jamais hurlé. Je hurle comme je n’ai jamais hurlé contre ma mère même en plein cœur d’une dispute, parce que toujours tu étais à mes côtés pour me calmer. Je hurle comme je n’ai jamais hurlé pour m’extirper d’un cauchemar, parce que toujours tu m’en as protégée. Je hurle quand leur lame s’enfonce dans ton cou. Ton cou toujours orné de mon ruban qui t’a tué. Je hurle quand ton pelage rougit. Je hurle trop fort pour entendre le bruit que fait ta tête en tombant sur le sol. Je hurle encore quand on m’abandonne recroquevillée sur le cadavre de mon chien décapité. Je hurle le visage dans ta fourrure souillée.

Je ne hurle plus quand mes parents rentrent des champs. J’ai fini de hurler.
La porte fracassée.
Mes cils collés.
Le sel sur mes joues rougies.
La cendre sur mon crâne.
Mon crâne rasé.
Tout mon corps rasé.
Le duvet qui s’épaississait entre mes cuisses pour annoncer que je serais bientôt nubile, je l’ai rasé. Ma chevelure, je l’ai rasée. Tout mon corps, rasé, comme le rasoir t’a tranché la gorge, comme la mort t’a volé ta fourrure.
Ta fourrure, je l’ai gardée.
Ta fourrure, je la garderai toujours. Elle sera la mienne désormais.

C’est ce jour-là que j’ai grandi.
On n’entre pas dans l’âge adulte. On y tombe. On ne s’en relève jamais.
Ce n’est pas le sang qu’un jour j’ai trouvé dans ma culotte, ce n’est pas le changement de mon corps, ce n’est pas le changement de ma voix qui m’a transformée. C’est ton sang à toi, c’est la perte de ton corps, c’est la perte de toi. Et avec ta perte c’est mon monde qui s’est écroulé.

C’est ce jour-là que j’ai grandi, quand j’ai compris que les poissons que nous mangions ici étaient des dieux dans le village d’à côté. Quand j’ai compris que les chiens qui étaient nos dieux étaient mangés dans le village d’à côté.

Quand j’ai compris que dans d’autres villages on avait d’autres dieux.
Quand j’ai compris que dans d’autres villages on mangeait du poisson et du chien.
Quand j’ai compris que dans d’autres villages on n’avait pas de dieux.

C’est ce jour-là que je suis partie.

La maison était devenue trop vide. La maison était pleine de ton absence. La maison était pleine de ta mort. Le village entier résonnait encore de votre mort. Et nos hommes aiguisaient déjà leurs couteaux pour aller vous venger. J’ai compris qu’il y aurait toujours des dieux ou des chiens à tuer.
C’est ce jour-là que j’ai quitté mes parents et ma religion.

J’ai voulu grandir, à force. J’ai voulu m’endurcir. Ma mère disait : une bonne bibliothèque est le trésor des remèdes de l’âme. Je suis partie à Alexandrie et j’ai vu les rouleaux. Tous les savoirs du monde empilés les uns sur les autres. Je voulais tout manger. Je voulais tout comprendre. Mais les savoirs du monde se marchent sur les pieds. Ce qu’un livre dit, un autre peut le nier. Dans un livre la tortue aquatique est un animal inoffensif. Elle est responsable de la sècheresse dans un autre. Dans un autre elle est responsable de la crue du Nil. Elle est un symbole du mal dans un dernier. Je lis tout ça et je comprends. Je comprends que les livres ne sont que des humains comme les autres, mais dont la folie a plus de pouvoir. Je comprends que les livres renferment plus de pouvoir que de savoir. Je comprends que pour faire changer les choses il faut changer les livres.

Embusquée. J’attends. Ça y est. Le copain a sifflé. La chaleur qui embrase mes joues n’est que la mienne encore. Accroupie dans la poussière je dégaine mon archet, ma planchette, y plante une baguette. Gire et vire et volte. La sciure s’accumule. Mes mains tremblent. La sciure s’échauffe mais ne s’enflamme pas. J’accélère le mouvement de l’archet. Je souffle. La braise vient, que je recouvre d’herbe sèche. Le copain a sifflé, une deuxième fois.
Je débouche la gourde. J’y plonge l’embout de ma flèche, recouvert de tissu. À mes pieds le tas d’herbe commence à s’enflammer. Vite, avant que nos feux soient repérés. Je passe l’anneau à mon pouce. Plonge ma flèche dans le feu. Bande mes muscles et mon arc. Le copain siffle une troisième fois.
Je lâche la corde. Je ne tremble plus. Toutes nos flèches enflammées prennent d’assaut la bibliothèque mensongère. Et on recommence. Mon corps bouge de lui-même. Dans la pénombre autour de moi, je sais sans les voir que mes compagnons exécutent les mêmes gestes que moi en même temps que moi. Ma flèche plonge dans l’alcool. Ma flèche plonge dans le feu. Comme une danse rituelle. Ma corde se tend. Le copain siffle. Toutes nos flèches lui répondent en fendant l’air. Elles y rejoignent le feu qui commence déjà à prendre. Les livres : ça brûle bien.
Et on recommence. Flèche, alcool, feu, corde, sifflement. Et on recommence. Ça hurle autour de moi je crois, ça court, ça fuit, ça se débat. Et on recommence. Et on recommence. Grisée. Vivante. Victorieuse. Et on recommence. Je n’aurai pas vengé ta mort. Je n’aurai pas cherché à te venger.
J’ai voulu que ta mort ne soit pas vaine mais elle l’était. Tu es mort innocent, puni d’avoir été. Tu es mort innocent, puni de n’être pas un dieu. Tu as été puni qu’il n’y ait pas de dieux.
Je ne t’ai pas vengé, j’ai châtié le coupable.

Ma mère disait : une bonne bibliothèque est le trésor des remèdes de l’âme.
Moi je dis : une bonne bibliothèque est une bibliothèque qui brûle.

Je suis posée là, en équilibre sur mes talons hauts. Parce qu’une femme séduisante ne doit pas avoir les pieds sur terre. Je suis posée comme une évidence derrière le rideau, statue de l’attente désinvolte, mais cette attente a fini par peser sur mon corps, a fait ployer mes genoux fatigués des escarpins, a voûté mon dos cambré de coquetterie, et je me suis adossée à la tapisserie, sous les abat-jour rougeoyants qui dans mes cheveux impeccables, trop impeccablement blonds et immobiles d’héroïne hitchcockienne, reflètent une lueur un peu bordélique.

Je ne suis pas celle que vous croyez.

Seule une âme un peu déglinguée peut se cacher sous un brushing si bien rangé. Seule une sensualité débridée peut filtrer d’une coiffure aussi frigide, et mes doigts manucurés qui caressent la commissure de mes lèvres ne sont que les prémices des délices les plus perverses, parce que tout est pensé, qu’est-ce que vous croyez ?
Mes appas sont peut-être camouflés derrière du bleu nuit boutonné jusqu’au col, mais la touche écarlate qui parcourt le long de ma jambe dit bien ce qu’elle veut dire, et sait éveiller votre désir.

Elle le saurait, si vous étiez là pour la voir.

Si vous pouviez m’apercevoir, entre les deux rideaux de velours, rouge, rouge évidemment, rouge encore et toujours, comme deux lèvres entrouvertes sur la beauté de mon indifférence. Si vous pouviez associer d’un regard le velours des rideaux, l’éclairage rougeâtre des lampes de bordel, le liseré carmin le long de ma jambe, la roseur de mes joues émues et ma bouche rouge de frustration.

Et de maquillage, aussi.

Mais ça, nul besoin que vous le sachiez. Vous ne devez pas voir que tout est calculé, que je ne suis qu’un paradoxe factice de vierge et de putain conçu spécifiquement pour vos beaux yeux, écartelé entre un naturel ingénu et une sensualité artificieuse.
Que ne ferait-on pas, quand on est amoureuse.

Mais l’attente s’est prolongée. Les rires en fond sonore, qui bruissaient tout à l’heure comme un ruisseau tranquille, se sont éteints sous les applaudissements. Applaudissements qui me surprennent toujours et m’agacent, car ce spectacle est merdique, je l’ai assez vu et entendu pour en être convaincue. Et les applaudissements se cadencent militairement, se règlent sur le même pas, un rappel, deux rappel, trois rappels, une dernière salve imméritée, mais on veut pouvoir penser qu’on en a eu pour son argent, que ça valait le déplacement, et la masse encore hilare s’écoule des diverses sorties, en commentant, en récitant les répliques comiques, et les hommes en passant devant moi me regarderont, pensant en me reluquant m’adresser un hommage muet, pensant en m’admirant que ma beauté leur est destinée, ou, sinon à eux, pour les cyniques, à leur porte-monnaie, et d’aucuns me glisseront un pourboire égrillard.

Et leurs femmes peut-être m’envieront, peut-être me comprendront, celles qui sauront pour qui je me suis ainsi fardée.

New York Movie, de Hopper.
New York Movie, de Hopper.

Ne me regarde pas.

Ne me regarde pas.
Ne te retourne pas.
Continue de marcher ton pas, ton regard rivé sur tes pas.
Les miens dans les tiens.
Mon souffle sur ta nuque qui agite ton crin.
Mon souffle court dans tes cheveux longs.
Mon regard dans ton dos comme un croc dans ma peau.
La pointe de mes seins contre tes omoplates.
Au travers de ta cage le tempo de ton cœur remplace celui qui a cessé de battre.
Ma cheville qui saigne, mon cœur qui ne bat plus.
Mon sexe qui palpite au rythme de ton pas.
Ne me regarde pas. Ne me regarde pas.
Devine-moi, ressens-moi derrière toi, imagine-moi, ne me regarde pas.
Ne me regarde pas, imagine-moi laide, entends-moi, comprends-moi, ne m’aime pas.
Mais tu m’as vue.
Regarde-moi.
Vois comme je suis belle sous mes cheveux saurs, la peau livide et les yeux morts, vois comme je suis belle lorsque je pleure une petite mort.
Vois-moi, qui déjà repars en arrière sur mes pas.
Salaud tu m’as tuée, de ton œil de vipère, de ton œil amoureux.
Puissent les mains de tes fans, sur lesquelles envolé tu slames, d’amour t’arracher tes atours, écorcher ta peau dorée, déchirer ton corps adoré.
Salaud qui m’as tuée, que tu viennes me retrouver.

Je me rappelle notamment ce jour, où l’un de mes plus chers poteaux m’enjoignit à m’associer à un fric-frac qu’il fomentait depuis quelques temps. Il avait en effet pour habitude de culbuter la taulière de l’un des hôtels du patelin, mais celle-ci avait récemment rompu, au motif que, si son régulier prenait conscience de leur liaison, elle risquait fort de se retrouver sur la paille avec son mouflet sur les bras. Il avait eu beau lui dire de pas se faire de mouron, qu’il savait la jouer discretos quand c’était nécessaire, elle refusait désormais de jouer à la bête à deux dos.

Mon aminche en avait eu le cœur brisé.

Faut dire qu’elle était rien gironde, la gisquette, avec ses yeux de biche, ses nibards comme des pamplemousses, et son valseur qui se dandinait coquettement quand elle passait entre les tables de sa cantine.

Or donc, mon ami furibard projetait de se venger du cornard qui lui avait sifflé sa gonzesse, et par la même occasion, de la gonzesse qui lui avait préféré son cornard. Toujours prompt à filer un coup de paluche à un copain, je radinai chez lui où il m’explicita son projet : leur chouraver leur thune.

Ma foi, je n’avais rien de mieux à faire ce soir-là, et je ne crachais jamais sur un peu d’oseille. La nuit de l’hôtel, donc, nous nous introduisîmes furtivement dans le bouge, entièrement sapés de noir tels deux assassins. Mon pote entra d’abord, en émissaire, puis il me fit signe de le suivre après s’être assuré que ça ne sentait pas le roussi. À la manière de rats d’hôtel, nous nous sommes faufilés subrepticement derrière le comptoir, où nous attendaient sagement la caisse et son grisbi.

Encore peu coutumier de la maraude, j’avais les nerfs à vif et les genoux qui jouaient des castagnettes, mais je faisais le bravache pour pas passer pour une lopette. Las ! J’écrasai du panard un bastringue qui poussa un hurlement inhumain, à vous glacer le raisiné dans les veines. Il s’en fallut de peu que je ne hurlasse de concert, mais je m’écroulai sur le derche sous l’effet de l’effroi, le palpitant en capilotade et les boyaux tordus de chocottes.

J’avais en réalité écrasé la patte du greffier qui chassait les gaspards, et qui en représailles me ficha ses griffes dans le gras du cul. On y voyait que dalle, et j’entravais que pouic à ce qui se passait. Je suis pas un pétochard, pourtant je balisais sec, et je dois avouer que j’ai toujours eu les tuyauteries défectueuses. Sous le coup de l’émotion, j’ai dégobillé mon gueuleton sur la limace de mon acolyte, qui fort heureusement en avait vu d’autres. Rouge de honte sous le regard hypothétique de mon complice qui à cette heure devait sacrément me prendre pour une fillette, j’ai balbutié quelques mots d’excuse en m’essuyant la bouche du revers de la manche, tout en flippant de m’en prendre un, de revers, pour m’apprendre à dégueulasser les fringues d’autrui. Mais il se montra bon prince, et ne sembla pas m’en tenir rigueur.

Toutefois nous craignions que le glapissement du griffon n’eût éveillé les tauliers, avaient pu en profiter pour alerter la maison poulaga. Les portugaises aux aguets, nous avons tenté d’entendre s’il n’y avait pas de mouvement dans la piaule des patrons, mais les trains de marchandises qui passaient à côté nous empêchaient d’esgourder quoi que ce fût. À tout hasard, nous sommes retournés derrière le comptoir, quand une lourde a claqué à l’étage. Peut-être était-ce seulement un client qui avait quitté son page pour aller pisser avant de remettre la viande dans le torchon, mais dans le doute, on s’est fait la malle avant que les condés ne débarquassent.

Par la lanterne on a vu le cornard débarquer avec une pétoire, mais il y avait plus personne de l’autre ôté du comptoir.

On l’avait échappé belle.

On est rentrés se pieuter et, quelques temps plus tard, mon pote s’est remis avec sa greluche. Il a d’ailleurs fini par lui mettre un polichinelle dans le tiroir mais ça, c’est une autre histoire.

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