[Extrait de ma pièce Les antennes et les branches]

SYBILLE.

L’écho des caresses et des frictions

Le toucher qui s’accroche à la peau comme une odeur

L’odeur qui reste sur la peau et dans le nez et dans la gorge

La brûlure du froid de lumière sur la rétine

La chaleur qui reste dans les os quand la neige fond sur la peau

La persistance rétinienne des doigts sur ma peau

Les vibrations de poussière du tissu que je viens de toucher

Les traces de doigts sur la vitre de ma peau

Vous ne sentez pas ça ?

L’apaisement écrasant des couvertures lourdes ou la suffocation d’une bulle crevée

L’étiquette qui continue de gratter quand elle n’est plus là

La persistance des vêtements même nue sous les draps

Le poids de vos habits, vous ne le sentez pas ?

Dans les yeux le vent ou l’haleine des gens, vous ne sentez pas ?

Vous n’êtes pas comme moi ?

Vous ne sentez pas la traînée d’écume qui se fond sur votre peau

Comme on sent le ressac de la mer dans son corps longtemps encore après avoir nagé

Comme les roulettes de nos patins continuent à rouler longtemps après les avoir enlevés

Comme la douleur prend du temps à s’effacer

Vous ne sentez pas ?

La sensation que l’on déplace dans le corps comme un son muet dans la bouche

Égaliser la balance de son propre corps

Pour établir

La symétrie

Le fantôme de la main qui pèse sur l’épaule

Fabriquer son miroir

La chatouille, le trébuchement, la bousculade, la poignée de main, le baiser sur une joue, la gifle même, les caresses et les coups

Égaliser

Les fantômes qui m’accompagnent.

L’écho de toutes les caresses qui me bercent et les mains qui me portent à bout de bras

Et celles qui appuient sur ma tête pour la replonger sous l’eau des voix

Vous ne sentez pas ça ?

Publicités