Ma muse, mon museau

Viens regarder le vol des grands corbeaux

Sans parler

S’il te plaît

Reste à mes côtés pour dessiner

une autre femme qui pourrait être moi

Si tu veux t’en aller

Laisse-moi encore une fois

marcher dans tes pas

Et si nos os se changent en bois

qu’on en fasse un feu de joie

Brûle à mes côtés au soleil de minuit

ou partons sillonner en train la Sibérie

S’en aller

Sans parler

esquisser des hypothèses

qui peut-être seront vraies

ouvrir notre parenthèse

ne la refermer jamais

Profitons d’une éclipse

et de notre propre apocalypse

pour inventer un nouvel avenir

Ils peuvent bien tout bombarder

Ils peuvent tout salir

Il y aura toujours des arbres auxquels s’attacher

des fleurs à ne pas cueillir

des rêves à enfanter, des familles à construire

Alors viens

Vivons sans rien de notre glèbe et de nos rires

Couchons-nous dans les herbes

Sans les flétrir et rappelle-toi

quand je passais devant toi

Tu aimais déjà mon espèce d’aura

Je n’étais pas encore là que tu m’aimais déjà

que nous faisions les quatre cents coups et l’amour à vingt ans

et que je rêvais au monde où faire pousser nos enfants

Alors si tes plaies suppurent, laisse-moi baiser tes blessures

Et puis viens

Partons où tu voudras

ermites dans la lande ou citadins de villes hallucinantes

bergères des villes ou touristes du monde

Ou reste là

Je reviendrai toujours vers toi

dans les bras des gamins nourris de soleil et de vent

Ou bien seule à genoux sur un traîneau tiré par des chats

des forêts norvégiennes

Alors viens

Viens

Et ne lâche pas ma main

quand tu viendras respirer le monde d’oxygène

qui se niche entre mes seins

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