Je me rappelle notamment ce jour, où l’un de mes plus chers poteaux m’enjoignit à m’associer à un fric-frac qu’il fomentait depuis quelques temps. Il avait en effet pour habitude de culbuter la taulière de l’un des hôtels du patelin, mais celle-ci avait récemment rompu, au motif que, si son régulier prenait conscience de leur liaison, elle risquait fort de se retrouver sur la paille avec son mouflet sur les bras. Il avait eu beau lui dire de pas se faire de mouron, qu’il savait la jouer discretos quand c’était nécessaire, elle refusait désormais de jouer à la bête à deux dos.

Mon aminche en avait eu le cœur brisé.

Faut dire qu’elle était rien gironde, la gisquette, avec ses yeux de biche, ses nibards comme des pamplemousses, et son valseur qui se dandinait coquettement quand elle passait entre les tables de sa cantine.

Or donc, mon ami furibard projetait de se venger du cornard qui lui avait sifflé sa gonzesse, et par la même occasion, de la gonzesse qui lui avait préféré son cornard. Toujours prompt à filer un coup de paluche à un copain, je radinai chez lui où il m’explicita son projet : leur chouraver leur thune.

Ma foi, je n’avais rien de mieux à faire ce soir-là, et je ne crachais jamais sur un peu d’oseille. La nuit de l’hôtel, donc, nous nous introduisîmes furtivement dans le bouge, entièrement sapés de noir tels deux assassins. Mon pote entra d’abord, en émissaire, puis il me fit signe de le suivre après s’être assuré que ça ne sentait pas le roussi. À la manière de rats d’hôtel, nous nous sommes faufilés subrepticement derrière le comptoir, où nous attendaient sagement la caisse et son grisbi.

Encore peu coutumier de la maraude, j’avais les nerfs à vif et les genoux qui jouaient des castagnettes, mais je faisais le bravache pour pas passer pour une lopette. Las ! J’écrasai du panard un bastringue qui poussa un hurlement inhumain, à vous glacer le raisiné dans les veines. Il s’en fallut de peu que je ne hurlasse de concert, mais je m’écroulai sur le derche sous l’effet de l’effroi, le palpitant en capilotade et les boyaux tordus de chocottes.

J’avais en réalité écrasé la patte du greffier qui chassait les gaspards, et qui en représailles me ficha ses griffes dans le gras du cul. On y voyait que dalle, et j’entravais que pouic à ce qui se passait. Je suis pas un pétochard, pourtant je balisais sec, et je dois avouer que j’ai toujours eu les tuyauteries défectueuses. Sous le coup de l’émotion, j’ai dégobillé mon gueuleton sur la limace de mon acolyte, qui fort heureusement en avait vu d’autres. Rouge de honte sous le regard hypothétique de mon complice qui à cette heure devait sacrément me prendre pour une fillette, j’ai balbutié quelques mots d’excuse en m’essuyant la bouche du revers de la manche, tout en flippant de m’en prendre un, de revers, pour m’apprendre à dégueulasser les fringues d’autrui. Mais il se montra bon prince, et ne sembla pas m’en tenir rigueur.

Toutefois nous craignions que le glapissement du griffon n’eût éveillé les tauliers, avaient pu en profiter pour alerter la maison poulaga. Les portugaises aux aguets, nous avons tenté d’entendre s’il n’y avait pas de mouvement dans la piaule des patrons, mais les trains de marchandises qui passaient à côté nous empêchaient d’esgourder quoi que ce fût. À tout hasard, nous sommes retournés derrière le comptoir, quand une lourde a claqué à l’étage. Peut-être était-ce seulement un client qui avait quitté son page pour aller pisser avant de remettre la viande dans le torchon, mais dans le doute, on s’est fait la malle avant que les condés ne débarquassent.

Par la lanterne on a vu le cornard débarquer avec une pétoire, mais il y avait plus personne de l’autre ôté du comptoir.

On l’avait échappé belle.

On est rentrés se pieuter et, quelques temps plus tard, mon pote s’est remis avec sa greluche. Il a d’ailleurs fini par lui mettre un polichinelle dans le tiroir mais ça, c’est une autre histoire.

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